Ce qu’il faut retenir
Sous le soleil d’Abuja, 262 diplômés de la School of Politics, Policy and Governance ont reçu, le 4 octobre 2025, leurs certificats. La cérémonie a mis en lumière un modèle d’enseignement panafricain qui allie intégrité, compétences techniques et vision de service public.
À Abuja, une école qui forme les décideurs de demain
Fondée par l’ancienne ministre nigériane Oby Ezekwesili, la SPPG se veut la réponse aux carences de leadership dénoncées sur le continent. Depuis 2021, plus de 480 étudiants y ont été formés à la conception de politiques publiques centrées sur l’intérêt général.
La devise affichée dans les amphithéâtres – « Character. Competence. Capacity. » – rappelle que l’entrée exige un dossier solide, mais que la véritable épreuve se jouera hors campus, dans l’arène politique.
Une promotion 2025 sous le signe de l’éthique
Devant un auditoire rassemblé au Shehu Musa Yar’Adua Center, Ezekwesili a martelé que « le certificat est un début, pas un aboutissement ». Elle a appelé les diplômés à résoudre les problèmes publics avec probité et rigueur analytique.
La lauréate Omolola Oluwaseun Oluwadara, sacrée meilleure étudiante, a vu dans son prix « une injonction à servir là où l’espoir manque ». Son condisciple Duke Olurin a, lui, rappelé que chaque décision technique « porte la vie des citoyens ».
Des voix fortes pour un leadership inclusif
Keynote speaker de la journée, l’ex-vice-présidente sud-africaine Phumzile Mlambo-Ngcuka a dressé le portrait d’une Afrique « riche de ressources mais pauvre d’une gouvernance juste ». Elle a exhorté les diplômés à bannir la corruption et à défendre les droits des femmes et des minorités.
Trois artisans de paix – Imam Muhammad Nurain Ashafa, Pasteur James Wuye et Ngizan Chahul – ont reçu un Life of Impact Award, preuve que le leadership se mesure aussi à l’action de terrain.
Un réseau panafricain en expansion rapide
Initialement implantée au Nigeria, la SPPG s’est déployée au Sénégal, au Kenya, au Ghana, au Cameroun et au Zimbabwe. De nouvelles antennes sont prévues, avec l’ambition d’ancrer la gouvernance dans des savoirs locaux et des solutions contextualisées.
Cette dimension transfrontalière nourrit un esprit de promotion qui dépasse les frontières nationales : les étudiants échangent cas pratiques, mentors et débouchés, créant un bassin de talents à l’échelle continentale.
Modèle économique et pédagogie orientée impact
Les frais de scolarité restent modérés grâce aux contributions d’ONG et de donateurs partageant l’agenda de #FixPolitics. Ezekwesili, diplômée de la Harvard Kennedy School, donne elle-même cours et mobilise un réseau international d’experts en finances publiques, climat ou numérique.
Le programme alterne séminaires intensifs, projets collectifs et stages dans les assemblées locales ou dans la société civile. Les enseignants insistent sur la collecte de données, la communication factuelle et l’approche centrée usager.
Scénarios : quel effet sur la gouvernance africaine ?
Trois trajectoires se dessinent. La plus optimiste verrait les anciens de la SPPG accéder rapidement à des postes électifs et y diffuser une culture de redevabilité. Une voie intermédiaire les placerait dans l’administration, où ils moderniseraient procédures et transparence. Le scénario conservateur miserait sur une influence diffuse via think tanks et ONG.
Quel que soit le chemin, la masse critique de diplômés formés aux standards éthiques pourrait, à terme, peser sur la norme politique continentale et réduire le coût social de la mauvaise gouvernance.
Le point économique
Selon les calculs présentés par l’école, chaque cohorte de 250 étudiants représente un investissement global d’environ 1,2 million de dollars, majoritairement absorbé par les bourses. Le retour socio-économique est évalué à travers des indicateurs comme la qualité de la dépense publique ou la résilience des collectivités locales.
Les bailleurs jugent le ratio coût-impact favorable, d’où l’intérêt récurrent de fondations internationales spécialisées dans la construction d’institutions démocratiques.
Et après ?
À l’issue de la cérémonie, le gouverneur d’Abia, Alex Otti, a mis en garde les jeunes leaders : « On ne donne que ce que l’on possède déjà ». Pour lui, l’engagement citoyen doit précéder la conquête du pouvoir.
Les diplômés, repartis vers leurs États ou d’autres capitales africaines, entendent concrétiser les principes inculqués. Leur défi est double : rester fidèles aux valeurs enseignées et convaincre des électorats souvent désabusés par des promesses non tenues.
Si la SPPG réussit ce pari, elle pourrait inspirer d’autres écoles et, plus largement, une nouvelle manière de penser le pouvoir sur le continent.
