Ce qu’il faut retenir
La cession officielle, annoncée le 5 décembre 2025 à Douala, voit Access Bank Cameroon reprendre la totalité des opérations de Standard Chartered dans le pays, incluant le portefeuille corporate, le réseau de clients institutionnels et près de 200 employés, pour un montant resté confidentiel.
Le groupe britannique poursuit ainsi son recentrage sur les places asiatiques et moyen-orientales, tandis que la banque nigériane consolide son expansion en Afrique centrale après le Gabon, la RDC et le Rwanda, visant une couverture de 30 pays sur le continent d’ici 2027 selon sa feuille de route.
Un mouvement stratégique sur le corridor CEMAC
Pour Access Bank, le Cameroun sert de hub bilingue entre la zone CEMAC et le marché anglophone d’Afrique de l’Ouest. Le rachat de Standard Chartered lui apporte une licence internationale et des relations trésorerie avec les majors pétrolières présentes à Douala et à Pointe-Noire.
Du côté de Standard Chartered, la banque explique que l’opération répond à son plan de simplification annoncé en 2022, qui prévoit la cession de positions jugées non stratégiques dans sept pays africains afin de dégager des capitaux dédiés aux fintechs et au négoce carbone asiatique.
Un deal approuvé par les régulateurs
La Commission bancaire d’Afrique centrale a validé la transaction après avoir examiné le ratio de fonds propres d’Access Bank Cameroon, passé de 12 % à 15 % grâce à une injection de 60 millions de dollars du holding basé à Lagos, selon un document consulté à Yaoundé.
Le régulateur a aussi exigé le maintien de l’ensemble des contrats de travail pendant au moins dix-huit mois et la préservation des lignes de crédit destinées aux PME exportatrices de cacao, afin d’éviter tout choc de liquidité sur la filière déjà éprouvée par la volatilité des cours.
Les implications pour les clients camerounais
Access Bank promet de préserver la qualité de service premium de Standard Chartered tout en démocratisant le digital banking. Une application multidevise sera lancée au premier trimestre 2026, a indiqué le directeur général, Beng Aloysius, qui cible un doublement du nombre de comptes particuliers.
Les gros clients corporate, de la SONARA à la BEAC, conservent leurs lignes de trésorerie et se voient proposer l’accès aux couvertures de change de la plateforme de Lagos. Les analystes pensent que cette intégration pourrait faire tomber les frais intra-CEMAC de 12 % à 8 %.
Que signifie l’opération pour Brazzaville ?
Au Congo-Brazzaville, les opérateurs scrutent le mouvement, car Access Bank détient déjà 75 % d’African Banking Corporation Congo. Plusieurs sources proches du dossier évoquent une fusion prochaine, qui ferait naître un acteur de huit agences et d’actifs consolidés de 400 millions de dollars.
Une telle consolidation appuierait le programme national de bancarisation mené depuis 2020 par la Banque postale du Congo, en offrant une plateforme digitale transfrontalière adaptée aux diasporas. Le ministère des Finances voit aussi l’opportunité d’élargir la syndication des émissions de bons du Trésor régionaux.
Le point juridique et prudentiel
Les avocats du cabinet Asafo & Co rappellent que la législation CEMAC impose un ratio de solvabilité de 8 %, que la nouvelle entité dépasserait largement. Toutefois, ils soulignent la nécessité d’harmoniser les régimes fiscaux entre Douala et Brazzaville pour éviter la double imposition des dividendes.
Sur le plan prudentiel, la BEAC pourrait exiger un plan d’intégration informatique avant la fin 2026. Les audits menés par Deloitte ont révélé des écarts de traitement comptable IFRS 9 entre les deux établissements, notamment sur la provision des créances en souffrance dans le secteur forestier.
Scénarios : concentration bancaire en Afrique centrale
Plus largement, la prise de contrôle d’Access Bank alimente le scénario d’une concentration accélérée du secteur bancaire d’Afrique centrale. Entre 2019 et 2025, le nombre d’acteurs est passé de 55 à 48, tandis que les six plus grandes banques détiennent déjà 65 % des actifs régionaux.
Les économistes du think tank CIAN notent que cette tendance peut améliorer la résilience face aux chocs externes, mais réclament une supervision renforcée contre les risques systémiques. « L’enjeu est de ne pas recréer un oligopole improductif », prévient Moussa Ngawe, chercheur à l’Université de Yaoundé-II.
Et après ? Les pistes de diversification
Access Bank Cameroon a déjà annoncé un partenariat avec la start-up congolaise BeePay pour tester une solution de micro-épargne via mobile money destinée aux travailleurs informels, secteur représentant 80 % de la main-d’œuvre urbaine selon l’OIT. Les premiers pilotes débuteront simultanément à Douala et Brazzaville.
D’ici fin 2026, la banque table sur une interopérabilité totale de ses plateformes avec les services de paiement de la poste congolaise et des fintechs nigérianes partenaires. Pour les investisseurs étrangers, cet écosystème régional intégré pourrait ouvrir la voie à des émissions d’euro-obligations libellées en francs CFA.
Dans un contexte d’exigences ESG plus strictes des bailleurs, Access Bank entend mettre en avant des lignes vertes dédiées à l’efficacité des PME portuaires de Kribi et de la plateforme minière de Zanaga, créant ainsi un segment de crédit.
