Panorama des capitaux africains fin 2025
Les flux de capitaux continuent de dessiner la carte économique du continent. L’édition du Journal Financia du 22 décembre 2025 revient sur quatre annonces majeures totalisant plus de 80 milliards de francs CFA, reflétant des priorités variées allant de la biodiversité agricole aux infrastructures aériennes de fin année.
Chaque enveloppe porte une signature politique affirmée et un message adressé aux investisseurs: stabilité, modernisation et diversification sont les maîtres mots. Tour d’horizon, pays après pays, pour comprendre l’impact potentiel de ces financements et les interrogations qu’ils laissent émerger chez les analystes régionaux en cette fin de cycle.
Burkina Faso mise sur la Banque des gènes
À Ouagadougou, le gouvernement mobilise 565,4 millions de FCFA pour renforcer la Banque des gènes nationale. L’objectif affiché est de préserver la diversité semencière, vecteur de sécurité alimentaire dans un contexte sahélien sensible, tout en stimulant une recherche agronomique capable d’attirer des partenariats privés à moyen et long.
Un cadre du ministère de l’Agriculture confie que « la collection végétale actuelle reste vulnérable ; cette enveloppe garantit la conservation ex situ et in situ ». Pour les ONG locales, le signal est positif, même si la question de la pérennité des financements reste en suspens pour 2026.
Les économistes voient dans cette somme modeste un levier stratégique. Elle peut déclencher des cofinancements internationaux alignés sur l’Accord de Nagoya, tout en nourrissant un écosystème semencier commercial encore embryonnaire, jugent-ils, à condition qu’un cadre réglementaire clair encourage les semences certifiées locales et assure un marché futur stable.
Tunisie : exportations à la relance
À Tunis, les douanes enregistrent une hausse de 1,5 % des exportations sur les onze premiers mois de 2025. Le pourcentage paraît modeste, mais il rompt avec la contraction de l’année précédente et reflète un redémarrage progressif des chaînes logistiques méditerranéennes selon plusieurs fédérations sectorielles interrogées à Tunis même.
Un responsable du ministère du Commerce souligne que « la demande européenne reprend, surtout pour les composants électriques et l’huile d’olive premium ». Cette dynamique est cependant tributaire de la stabilité énergétique nationale, rappellent des analystes, alors que les importations de gaz restent sous tension budgétaire depuis le printemps dernier.
Les 1,5 % supplémentaires nourrissent l’objectif gouvernemental d’un excédent commercial sectoriel avant 2027. Mais la hausse des coûts de fret, encore marquée, pourrait absorber une partie des marges, préviennent les chambres d’exportateurs, qui souhaitent des incitations fiscales pour consolider la compétitivité prix et soutenir l’emploi industriel sur le littoral.
Cameroun : moderniser la CDC et le cacao
Yaoundé affecte 51,6 milliards FCFA à la Cameroon Development Corporation, géant agricole public. L’argent doit financer la mécanisation des plantations de bananes, palmiers et surtout cacao, tout en réhabilitant l’usine de transformation de Tiko après les ralentissements enregistrés ces dernières années à cause des tensions sécuritaires locales persistantes.
Le directeur général affirme que la modernisation portera les rendements à « deux tonnes par hectare », sans fournir de calendrier précis. Les syndicats saluent la perspective d’emplois mais attendent la contractualisation effective, rappelant les retards passés dans le déblocage de financements similaires survenus entre 2019 et 2021 selon eux.
Les bailleurs multilatéraux observent le dossier avec prudence, estimant que la bonne gouvernance des crédits déterminera un éventuel co-investissement. Pour les marchés internationaux, l’enjeu est d’obtenir un cacao traçable, critère devenu incontournable auprès des chocolatiers européens depuis l’entrée en vigueur de normes environnementales renforcées depuis juillet 2025 officiellement.
Sénégal : envol de Ziguinchor
Dakar dégage 13 milliards FCFA pour moderniser l’aéroport régional de Ziguinchor, plaque tournante touristique vers la Casamance. Le chantier prévoit la rénovation de la piste, l’agrandissement de l’aérogare et la mise aux normes de sécurité pour accueillir des appareils moyen-courriers dès la haute saison estivale annoncée 2027 prochaine.
Un conseiller du ministre des Transports assure que les travaux généreront 400 emplois temporaires. Pour les opérateurs hôteliers, la priorité sera d’aligner la promotion de la destination sur cette capacité accrue, afin d’éviter un sous-remplissage coûteux une fois l’infrastructure opérationnelle dans un marché touristique post-pandémie encore fragile.
Les autorités tablent sur une augmentation du trafic de 30 % à moyen terme, sans chiffrer le retour sur investissement. Les économistes du Sud estiment que la viabilité reposera sur un couplage avec l’aérien cargo saisonnier, en soutien à la filière horticole de la vallée de l’Anambé notamment exportatrice.
Perspectives régionales pour 2026
Pris ensemble, ces engagements financiers traduisent une volonté partagée d’améliorer la résilience économique. Ils interrogent aussi la capacité des États à absorber rapidement les fonds, un défi récurrent pointé par plusieurs cabinets d’audit, qui soulignent l’importance des réformes de passation de marchés et de suivi évaluation plus strict.
Les investisseurs internationaux retiennent surtout le signal de continuité budgétaire à la veille de 2026. Tant que la stabilité macroéconomique et sécuritaire sera maintenue, ces projets peuvent catalyser une croissance inclusive, estiment-ils, à condition que la transparence contractuelle demeure au cœur de chaque initiative annoncée sur le continent.
