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    Ambassades US désertées: quel impact pour l’Afrique?

    De Dieudonné Zingoumbadécembre 24, 20254 Mins de Lecture
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    Ce qu’il faut retenir

    Les États-Unis sont sans ambassadeur dans plus de vingt-cinq capitales subsahariennes, conséquence de la décision de Donald Trump de rappeler treize chefs de mission début janvier, selon Associated Press.

    Ce vide diplomatique intervient alors que Washington cherche à promouvoir une stratégie centrée sur les affaires et la sécurité des chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques.

    Pour les capitales africaines, la question n’est plus seulement protocolaire : l’absence d’interlocuteur senior retarde des dossiers d’investissements, de coopération sécuritaire et de réponses humanitaires.

    Manque d’ambassadeurs américains

    Au total, près d’une trentaine de postes d’ambassadeur ou d’assistant secrétaire d’État dédiés à l’Afrique restent vacants après la vague de rappels, souligne un ancien haut fonctionnaire du Département d’État.

    Le département n’a communiqué aucun calendrier pour les remplacements, alimentant les interrogations sur la capacité des États-Unis à peser dans les crises régionales, du Sahel aux Grands Lacs.

    Un calendrier de rotations inhabituel

    Traditionnellement, chaque nouvelle administration américaine demande aux ambassadeurs politiques de démissionner, mais en assure rapidement la relève afin de préserver la continuité de la représentation.

    En Afrique, la lenteur des nominations s’ajoute à un sous-financement chronique du Bureau Afrique, déjà pointé durant les mandats de Barack Obama et de Joe Biden.

    La diplomatie « business-first » de Trump

    Depuis 2017, la Maison Blanche met en avant une diplomatie du deal : promouvoir l’accès des entreprises américaines aux terres rares et négocier des accords bilatéraux plutôt que de multiplier les programmes d’aide.

    Donald Trump a déclaré que cette approche ferait des États-Unis un partenaire plus « fiable » que la Chine, tout en répondant aux attentes de croissance des États africains.

    Entre Washington et Pékin, l’Afrique arbitre

    Sur le terrain, la concurrence sino-américaine s’incarne dans les infrastructures, les prêts concessionnels et l’exploitation des métaux critiques essentiels aux énergies vertes.

    Faute de relais diplomatiques américains, plusieurs capitales se tournent vers Pékin ou Ankara pour accélérer des projets de ports, de zones économiques spéciales ou de réseaux 5G.

    Sécurité et contre-terrorisme fragilisés

    Dans la bande sahélienne, l’absence de relais américains complique la coordination du renseignement avec les armées nationales et la Task Force Takuba, au moment où les groupes affiliés à Daech se redéploient vers le golfe de Guinée.

    Un analyste sécuritaire camerounais rappelle que la base américaine de drone fermée au Niger fournissait 30 % des images aériennes utilisées par la Force multinationale mixte contre Boko Haram.

    Effets sur la sous-région CEMAC

    Au Congo-Brazzaville et dans ses voisins de la CEMAC, l’absence d’ambassadeur américain complexifie le suivi de dossiers tels que la certification carbone des forêts du Bassin du Congo ou l’accompagnement des réformes macro-économiques appuyées par le FMI.

    Soft power en recul

    Au-delà des questions militaires, l’influence culturelle américaine pâtit du départ des diplomates qui supervisaient les programmes Fulbright et les American Corners, lieux clés d’apprentissage de l’anglais pour des milliers d’étudiants.

    Dans plusieurs universités, on note une baisse des dossiers de bourses faute de séances d’information, tandis que les services consulaires réduisent leurs horaires, allongeant les délais de visas étudiants.

    Le point juridique et économique

    Sur le plan légal, les contrats miniers négociés directement avec Washington devraient, selon des juristes africains, conserver leur validité, mais l’absence d’ambassadeur retarde les due diligences environnementales exigées par la loi américaine sur les minerais de conflit.

    Les entreprises locales, notamment au Katanga et dans la Sangha, redoutent un effet domino sur les investissements des fonds souverains américains qui exigent un monitoring diplomatique régulier avant de débloquer les tranches de financement.

    Scénarios d’évolution possibles

    Si les remplacements interviennent avant l’été, Washington pourrait regagner rapidement du terrain, profitant de la réunion annuelle États-Unis–Afrique sur le commerce prévue à Houston.

    En revanche, un prolongement du vide diplomatique ouvrirait un boulevard aux initiatives chinoises telles que la Foire internationale de Canton ou les FinTech mobiles, déjà très présentes à Kinshasa et à Douala.

    Une option évoquée à Washington serait de nommer des envoyés spéciaux itinérants couvrant plusieurs pays, à la manière des commissaires européens, afin de réduire les coûts sans abandonner totalement la présence politique.

    Le Congrès, bipartisan, pousse aussi pour accélérer les confirmations afin d’éviter que l’Afrique ne devienne un angle mort stratégique.

    Et après ?

    Les chancelleries africaines attendent surtout de connaître la future stratégie américaine pour la transition énergétique, un dossier où le Bassin du Congo, fort de ses puits de carbone naturels, joue un rôle pivot apprécié par l’Élysée comme par la Maison Blanche.

    Dans l’intervalle, Brazzaville poursuit ses réformes et consolide la gouvernance forestière, convaincue qu’un engagement diplomatique constant, qu’il vienne de Washington, de Pékin ou de Paris, reste un accélérateur de croissance inclusive.

    Afrique subsaharienne Bassin du Congo CEMAC Diplomatie américaine Donald Trump
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