Brazzaville au cœur de la gouvernance aérienne
Le 17 octobre, la capitale congolaise a réuni les ministres des Transports du Congo, du Cameroun, du Tchad, de la Centrafrique, du Gabon et de la Guinée équatoriale autour de la 7ᵉ session ordinaire du Comité des ministres de l’Assa-AC, bras sécuritaire aérien de la Cémac.
Cette instance nouvelle présidée par la ministre congolaise Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas a confirmé le rôle de Brazzaville comme plaque tournante de la gouvernance régionale, tout en soulignant la volonté partagée des six États de consolider un espace aérien sûr, compétitif et financièrement responsable.
Symboles de cette montée en puissance, la nomination du Congolais Leyami Gastel Aimard à la Direction administration-finances et la décision de revoir l’organigramme illustrent un recentrage vers l’efficacité, tout en ménageant la souveraineté de chaque capitale dans l’exécution technique des normes communes.
Budget 2026 : optimiser chaque franc CFA
Adopté sans réserve, le projet de budget 2026 ancre la stratégie financière sur trois piliers : la maîtrise des coûts de fonctionnement, la projection triennale des activités et la poursuite du recouvrement des contributions nationales, dont le faible taux a été reconnu par plusieurs délégations.
Le Comité a instruit le directeur général Eugène Apombi de présenter désormais un programme triennal chiffré, assorti d’une trajectoire claire de réduction des charges, afin de garantir une visibilité budgétaire qui rassure à la fois les Trésors publics et les partenaires techniques.
Les états financiers 2024, déjà approuvés, servent de base de confiance : excédent prudent, contrôle interne revu, et transmission ordonnée à la Cour des comptes, autant d’indices d’une maturation administrative bénéfique pour l’image de la région auprès des investisseurs.
En parallèle, les ministres ont exigé que tout rapport d’activité soit désormais approuvé par les organes statutaires avant son envoi à la Cour des comptes, renforçant ainsi la chaîne de reddition et anticipant les futures exigences de conformité financière de la Zone de libre‐échange continentale.
Redevance régionale RSAR : moteur du financement
Mise en œuvre dans cinq États sur six, la Redevance de sécurité aérienne régionale se révèle déjà un levier majeur de financement des inspections et de la formation. Les ministres ont salué ce résultat et pressé d’achever la contractualisation avec l’Iata, gage d’un recouvrement automatisé.
Pour les compagnies locales, la RSAR offre également une visibilité tarifaire bienvenue : l’uniformisation des frais, adossée à un guichet unique régional, pourrait réduire les surcoûts opérationnels et attirer de nouvelles lignes, soutenant ainsi les objectifs de hub voulus par Brazzaville et Douala.
Harmonisation réglementaire Cémac : échéance 2026
Le passage intégral aux règlements communautaires, fixé au 31 décembre 2026, représente le chantier le plus technique. Chaque Autorité nationale doit transposer, former ses inspecteurs et publier les procédures, sous peine de voir s’allonger la liste noire des compagnies interdites.
Pour accélérer, le Comité envisage une délégation exceptionnelle du Conseil des ministres de l’Union économique d’Afrique centrale, afin de signer plus souplement les amendements aux règlements d’exécution. Cette piste juridique pourrait dénouer un blocage institutionnel sans toucher aux souverainetés nationales.
Parallèlement, la question sensible de la prime d’inspecteur sera réexaminée : garantir un niveau de rémunération attractif, tout en respectant les plafonds budgétaires, apparaît indispensable pour retenir les compétences que se disputent déjà les autorités du Golfe et de l’Europe.
Cap sur la formation et la souveraineté technique
Adopté en séance, le plan triennal 2026-2028 de formation des personnels prévoit des modules sur le Programme national de sécurité, la certification d’aéroport et le droit aérien. Il cible 300 agents, dont un tiers de juristes, afin d’asseoir une culture sécurité homogène.
Un module spécifique sur la digitalisation des audits, utilisant la data-cartographie, doit aussi améliorer le suivi en temps réel des incidents et réduire les temps d’intervention.
Les formations se dérouleront tour à tour à Pointe-Noire, Libreville et Yaoundé, pour répartir les retombées économiques et favoriser l’émulation inter-États. « Nous voulons des équipes interchangeables, capables d’auditer n’importe quel aéroport », insiste un responsable congolais proche du dossier.
Et après ? Vers un ciel intégré et compétitif
Au-delà des chiffres, l’Assa-AC veut inscrire l’Afrique centrale dans la grande ré-ouverture du transport aérien post-pandémie. La montée en gamme de la sûreté est perçue comme un prérequis pour attirer les compagnies du Golfe et les low-cost africaines en quête de nouvelles dessertes.
Les corridors économiques Cémac se verraient ainsi renforcés : minerais du Gabon, pétrole congolais, coton tchadien et produits agroforestiers centrafricains gagneraient des jours de transit. De quoi soutenir les politiques de diversification prônées par les chefs d’État, tout en réduisant la facture logistique.
D’un point de vue réputationnel, l’alignement sur les normes OACI pourrait déboucher sur la levée des restrictions qui pèsent encore sur certaines compagnies régionales en Europe. Ce pas supplémentaire ouvrirait aux transporteurs un marché de 450 millions de passagers potentiels d’ici dix ans.
Reste désormais à transformer les résolutions de Brazzaville en contrats concrétisés, billets vendus et destinations sécurisées. Les douze prochains mois diront si la solidarité budgétaire et réglementaire affichée peut se traduire en décollage effectif, sous l’impulsion d’un Congo décidé à garder l’altitude.
