Croisière Loyenge na Fleuve : une expérience immersive
Brazzaville s’apprête à renouer avec son fleuve. Le 7 septembre 2025, l’acte 2 de la croisière « Loyenge na Fleuve » fera embarquer curieux et habitués depuis le Beach, direction un banc de sable face aux tours jumelles où se déploiera une kermesse festive et sportive dès les premières heures matinales.
Organisée par 9.4 Agences, sous la houlette du premium manager général Homany Akanati, l’expérience, déjà forte de six éditions, entend démocratiser l’accès au majestueux Congo, encore sous-exploité malgré sa valeur identitaire, écologique et économique, pour les résidents comme pour les visiteurs internationaux désireux de moments authentiques et conviviaux à proximité.
Le concept conjugue transport fluvial, loisirs populaires et gastronomie locale. Football, volleyball, nzango, courses ludiques, baby-foot ou cerf-volant rythment les heures, tandis que DJ Guervy MG, NG Moteyi et MC Dalton assurent la bande-son. Un barbecue mêle poissons fumés, grillades et cocktails colorés répondant aux attentes d’un public multigénérationnel et interculturel diversifié.
Atouts économiques d’une croisière urbaine
Au delà de la détente, l’événement illustre la montée en puissance d’un micro-secteur touristique urbain créateur d’emplois ponctuels : bateliers, restaurateurs, animateurs, vendeurs d’artisanat et guides trouvent là un débouché saisonnier, vecteur d’inclusion pour des jeunes souvent éloignés du marché formel dans une conjoncture économique en mutation progressive locale.
Selon les projections internes de 9.4 Agences, chaque édition mobilise environ mille participants, générant un chiffre d’affaires circulaire qu’ils estiment à plusieurs dizaines de millions de francs CFA, de la location de pirogues à la chaîne logistique des boissons, sans subvention publique directe mais avec un retour médiatique notable.
Les retombées symboliques restent tout aussi stratégiques : montrer, images à l’appui, un Congo-Brazzaville sûr, vert et animé contribue à rassurer les bailleurs, nourrir la diplomatie économique et soutenir la stratégie d’ouverture impulsée par le gouvernement pour sortir d’une dépendance pétrolière historique jugée vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux.
Synergie avec la stratégie nationale
A plusieurs reprises, le président Denis Sassou Nguesso a appelé à diversifier le tissu productif en capitalisant sur la culture et l’environnement. Homany Akanati assure vouloir « accompagner cette vision » en transformant le fleuve, longtemps regardé comme frontière, en véritable axe d’intégration sociale et d’attractivité pour les diasporas comme pour les investisseurs.
Sur le plan administratif, l’initiative bénéficie d’autorisations maritimes délivrées par les services compétents, preuve d’une collaboration fluide entre opérateurs privés et autorités fluviales. Ce dialogue institutionnel est régulièrement cité par les diplomates accrédités, soucieux d’observer les canaux de concertation public-privé se consolider autour du tourisme en zone urbaine.
Le ministère du Tourisme, pour sa part, encourage l’émergence de circuits complémentaires, reliant l’île Mbamou ou les cascades de Loufoulakari. La croisière devient ainsi laboratoire, testant l’appétence d’un public urbain pour des excursions plus lointaines, susceptibles de dynamiser les communautés riveraines et d’introduire des normes de qualité professionnelle.
Partenariats privés et diplomatie touristique
Sur le volet sponsoring, des entreprises de télécommunication, brasseries et banques locales se positionnent. Elles y voient un vecteur d’image positif aligné sur leur politique RSE, tout en profitant d’un échantillon consommateur représentatif. Des négociations avancées pourraient permettre d’augmenter la capacité d’accueil dès 2026 et la fréquence annuelle.
Les organisateurs ambitionnent également l’obtention d’un label vert, attestant du traitement responsable des déchets, de l’usage limité de plastique et de la sensibilisation à la biodiversité aquatique. Un tel certificat renforcerait la crédibilité auprès des chancelleries qui conditionnent souvent leur soutien à des critères environnementaux précis et exigeants.
Ses promoteurs explorent en parallèle la billetterie numérique, afin de fluidifier les paiements et de collecter des données utiles à l’étude de marché. L’option intéresse plusieurs fintechs congolaises, désireuses de démontrer la pertinence de leurs solutions dans le secteur naissant de l’économie d’expérience et du tourisme intelligent national.
Vers une référence régionale du tourisme fluvial
Brazzaville partage avec Kinshasa la gestion d’un des plus longs fleuves d’Afrique. En s’installant face aux tours, la croisière veut aussi souligner la possibilité d’un dialogue transfrontalier apaisé, fondé sur le patrimoine commun et la circulation douce plutôt que sur la rivalité historique souvent exacerbée par des stéréotypes.
Pour l’historien Guy-Blaise Makosso, « le fleuve fut jadis une autoroute commerciale. Réactiver cet héritage, c’est reconstruire une mémoire partagée ». Son analyse rejoint celle de plusieurs attachés culturels, convaincus que les événements festifs créent un récit commun susceptible de nourrir la coopération bilatérale et d’attirer des investissements artistiques et académiques.
Dans cette perspective, 9.4 Agences envisage un plateau artistique mixte réunissant Congolais et étrangers, afin de renforcer l’aura régionale. Les discussions portent également sur la diffusion en direct, via chaînes panafricaines, ce qui élargirait l’audience et ouvrirait des recettes de droits audiovisuels, tout en promouvant les valeurs de paix.
Reste l’enjeu de la pérennité. Pour Homany Akanati, la clé réside dans la formalisation progressive de l’écosystème, l’accès au crédit et la formation. « Nous voulons que chaque édition soit plus aboutie que la précédente, afin que le monde identifie Brazzaville comme capitale fluviale », affirme-t-il confident dans l’appui institutionnel continu.
