Ce qu’il faut retenir
La barre symbolique des onze millions de passagers vient d’être franchie à l’aéroport Mohammed-V de Casablanca, selon l’Office national des aéroports. Le hub marocain signe le meilleur score de son histoire, porté par la fièvre de la Coupe d’Afrique des nations 2025.
Entre supporters, délégations officielles et touristes, les arrivées liées au tournoi continental expliquent l’envolée, mais la performance s’inscrit aussi dans la montée en puissance du réseau aérien de la ville, qui concentre désormais près d’un tiers du trafic national.
Contexte CAN 2025
À l’approche du tirage au sort à Rabat, le Maroc devient capitale sportive du continent. Les six semaines de compétition offrent une occasion unique de jauger la capacité aéroportuaire et la coordination entre opérateurs publics et privés.
L’ONDA souligne que cette montée en charge n’a pas généré de saturation majeure, grâce aux travaux déjà engagés dans le cadre du programme « Aéroports 2030 ». Les files d’attente ont certes gonflé aux heures de pointe, mais sans blocages prolongés.
Des chiffres record pour Mohammed V
De 10,5 millions de voyageurs en 2024, le compteur est passé à 11,5 millions sur douze mois glissants, soit une progression de 9,3 %. Jamais l’aéroport n’avait géré un tel flux, confirmant son statut de premier point d’entrée du royaume.
Le record absolu de la semaine coïncide avec les quarts de finale, période où la plateforme a accueilli jusqu’à cent mille passagers par jour. Les opérateurs de sûreté et de bagages ont fonctionné en régime renforcé, selon un planning calqué sur le calendrier sportif.
Le plan « Aéroports 2030 » en marche
Derrière la photo du jour, se dessine une feuille de route ambitieuse : atteindre 12,5 millions de passagers en 2026 et plus de 20 millions d’ici 2030. Les travaux de la nouvelle jetée internationale avancent, tout comme l’agrandissement du Terminal 1.
Le plan national inclut la digitalisation des formalités et l’extension des parkings avions. Selon l’ONDA, ces investissements garantiront la fluidité, même si la demande touristique double après 2030, portée par les marchés africains et transatlantiques.
Royal Air Maroc muscle son jeu
Royal Air Maroc n’a pas hésité à déployer sa flotte gros-porteur, parfois affrétée auprès de partenaires, afin d’absorber le pic. La compagnie a transporté plus de 500 000 supporters, ouvrant des fréquences additionnelles vers Dakar, Abidjan, Le Caire, Tunis, Bamako, Lagos et Douala.
Les billets spéciaux « fan travel » ont été écoulés en quelques heures, signe d’un appétit croissant pour les déplacements combinant sport et découverte culturelle. RAM y voit l’opportunité de consolider son positionnement africain face aux hubs du Golfe et d’Addis-Abeba.
Réseau international et diaspora
La montée des flux s’explique enfin par le renforcement des liaisons long-courrier vers Paris, Madrid, New York ou Doha. Casablanca se profile comme porte d’entrée maghrébine pour la diaspora africaine établie en Europe et en Amérique du Nord, avant correspondances intérieures ou régionales.
Grâce aux accords de partage de codes, le hub propose désormais 120 destinations directes, chiffre en progression de 15 % sur deux ans. Les vols vers Johannesburg, Nairobi et Luanda, relancés ou densifiés, servent autant le tourisme que le fret à haute valeur ajoutée.
Scénarios pour 2026 et 2030
Si la tendance se confirme, l’objectif des 12,5 millions pourrait être atteint dès la fin 2025, anticipe un analyste de l’Association du transport aérien international. Le scénario haut imagine même 14 millions, à condition que les nouveaux comptoirs d’immigration soient livrés avant l’été.
À l’inverse, un scénario bas ramènerait la croissance autour de 4 % si les dépenses des fans se contractent ou si les tarifs du kérosène repartent à la hausse. Pour l’instant, les réservations groupe et les congrès médico-scientifiques laissent plutôt présager un atterrissage doux.
Et après ? Expérience passager et écologie
Au-delà des chiffres, l’expérience passager demeure le nerf de la guerre. Bornes biométriques, Wi-Fi gratuit et nouveaux salons d’attente doivent réduire la perception de congestion. L’ONDA teste également un parcours 100 % digital, inspiré de Singapour, où le passeport se substitue à la carte d’embarquement.
Côté environnement, l’aéroport promet 40 % d’électricité solaire d’ici 2027 et un plan zéro plastique. Objectif : attirer les compagnies soucieuses de réduire leur empreinte carbone. La COP 28 a placé la barre haut, rappelle un responsable, mais « c’est désormais un prérequis commercial ».
Le point économique
Selon le ministère marocain de l’Économie, chaque million de passagers supplémentaires injecte près de 600 millions de dirhams dans le PIB via l’hôtellerie, la restauration, le change et les services aéroportuaires. Les recettes fiscales croissent pareillement, portées par la taxe d’embarquement et le kérosène réexporté vers les compagnies régionales.
À court terme, les hôteliers de Casablanca affichent déjà un taux d’occupation moyen de 85 %, contre 70 % l’an dernier. Les loueurs de voitures profitent également de l’effet halo. Un responsable de la CGEM y voit la répétition générale du Mondial 2030.
Les spécialistes estiment qu’un supporter dépense environ 1 200 dollars, plus de la moitié hors de Casablanca, dynamisant Marrakech, Agadir ou Fès. La CAN apparaît ainsi comme un test grandeur nature pour la stratégie touristique « Maroc 2025 ».
