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    Économie

    Cémac 2025 : pourquoi la croissance freine à 2,4 %

    De Alexis Ndokedécembre 17, 20255 Mins de Lecture
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    Ce qu’il faut retenir

    Coup de frein annoncé sur la courbe régionale : la BEAC prévoit pour 2025 une croissance de 2,4 % dans l’espace Cémac, contre 2,7 % cette année. Inflation en recul, réserves de change sous pression, taux directeurs relevés : tour d’horizon des signaux à surveiller.

    Au-delà des chiffres, la trajectoire revêt une importance stratégique pour les six États, dont le Congo-Brazzaville, engagés dans des programmes de réformes visant à asseoir la stabilité du franc CFA, attirer l’investissement et accélérer la diversification hors pétrole.

    Contexte macroéconomique sous-régional

    Le Comité de politique monétaire réuni le 15 décembre à Yaoundé a d’abord passé au crible les vents contraires venus de l’extérieur : ralentissement du commerce mondial, tassement des cours du brut et resserrement monétaire prolongé dans les économies avancées.

    Dans la sous-région, la reprise post-Covid s’essouffle. Les services de la BEAC anticipent un PIB réel à 2,4 % tiré par le bois, l’agro-alimentaire et les BTP, mais freiné par des maintenances pétrolières au Gabon et en Guinée équatoriale.

    Simultanément, l’inflation glisserait à 2,2 %, sous la norme communautaire de 3 %. La détente vient du recul des prix alimentaires mondiaux et de la normalisation des chaînes logistiques, offrant un répit aux ménages urbains et aux entreprises importatrices.

    Enjeux pour la politique monétaire

    Pour préserver le taux de couverture extérieure, tombé à 4,2 mois d’importations fin 2025, la banque centrale relève son taux d’appel d’offres de 25 points de base, à 4,75 %, et renchérit la facilité de prêt marginal à 6,25 %.

    Selon Yvon Sana Bangui, « la normalisation graduelle reste compatible avec le soutien à l’activité, tout en ancrant les anticipations de change ». Les coefficients de réserves obligatoires, eux, demeurent inchangés afin de ne pas assécher la liquidité des banques commerciales.

    Les ajustements monétaires devront s’articuler avec la consolidation budgétaire. Le solde public hors dons s’améliorerait légèrement à –1,4 % du PIB. Cette discipline, soutenue par les facilités élargies du FMI, limite le recours à la planche à billets.

    Impact sur les comptes publics et change

    La balance courante, positive en 2024 grâce aux exportations énergétiques, redeviendrait déficitaire de 2,9 % du PIB. L’affaiblissement des prix du baril et la hausse des importations de biens d’équipement expliquent ce retournement.

    Pour les Trésors nationaux, la remontée de l’euro face au dollar crée une fenêtre. Les émissions en FCFA indexées sur l’euro deviennent plus attractives pour les investisseurs régionaux, réduisant le coût de la dette domestique.

    Au Congo-Brazzaville, la trajectoire budgétaire reste alignée sur les orientations de la loi de finances. Les recettes pétrolières financent via un mécanisme de stabilisation des projets d’infrastructures routières permettant d’améliorer la logistique des corridors Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui.

    Scénarios de croissance 2025-2026

    Le scénario central de la BEAC table sur une remontée modeste à 2,8 % en 2026, portée par la mise en service de champs gaziers et par la reprise des chantiers d’interconnexion électrique. L’agriculture commerciale pourrait ajouter 0,2 point si la pluie reste régulière.

    En cas de détérioration prolongée des prix du brut, la croissance pourrait se replier à 1,5 %. Dans ce scénario, le pilotage macroéconomique miserait sur l’accélération des réformes fiscales et la multiplication de partenariats public-privé dans les transports.

    Un scénario optimiste, jugé plausible si les mises en production minières se concrétisent au Cameroun et au Congo, verrait le PIB régional frôler 4 %. La digitalisation grandissante des services financiers ajouterait alors un effet productivité mesurable.

    Et après ? Diversifier pour sécuriser

    Pour la communauté des affaires, le véritable enjeu est de transformer la zone en marché de production. L’initiative baptisée Made in Cémac, soutenue par Brazzaville, favorise l’agrégation de PME industrielles autour des zones économiques spéciales.

    Les prochains mois seront scrutés par les agences de notation. Une exécution budgétaire rigoureuse et la montée en puissance des filières bois-énergie et numérique pourraient rassurer les marchés, tout en consolidant l’ancrage du franc CFA, clef de la stabilité régionale.

    Le point juridique et économique

    La réforme du dispositif de changes, entrée en vigueur en 2022, continue de monter en puissance. Les entreprises tenues de rapatrier leurs devises dans les 30 jours signalent une amélioration de la transparence, même si les délais bancaires restent hétérogènes d’un pays à l’autre.

    Un groupe de travail sous l’égide de la Commission de la Cémac prépare également un code incitatif des investissements verts. L’objectif est de capter les financements climatiques et de soutenir les programmes de réduction d’émissions dans les forêts du bassin du Congo.

    Carte des investissements prioritaires

    La BEAC estime que 1 500 milliards de FCFA d’investissements publics et privés seront mobilisés en 2025. Les priorités se répartissent entre l’énergie hydroélectrique au Cameroun, la modernisation du port de Pointe-Noire et la réhabilitation du corridor routier Ndjamena-Bangui-Douala.

    Ces projets, inscrits au Programme économique régional 2021-2025, doivent accroître l’intégration commerciale et logistique. Pour les bailleurs, ils constituent des actifs à fort rendement social, puisque chaque baisse de 10 % des coûts de transport peut relever le revenu réel des ménages de 1,3 %.

    BEAC CEMAC croissance Inflation Yvon SANA BANGUI
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