Ce qu’il faut retenir
La Commission bancaire d’Afrique centrale vient de porter le capital social minimum des banques de la zone CEMAC à 25 milliards FCFA, l’équivalent de 45 millions USD. La mesure entre en vigueur le 1er janvier 2026, avec une pleine conformité exigée fin 2026.
Les établissements financiers non bancaires voient aussi leur seuil quadrupler, à 4 milliards FCFA. Un calendrier progressif ménage les équilibres, tandis que la COBAC se réserve la possibilité d’approuver des plans de relèvement jusqu’en 2029 pour les acteurs en difficulté.
Capitaux renforcés pour 2027
Le précédent règlement, adopté en 2009, fixait le plancher des banques à 10 milliards FCFA. Quatorze ans plus tard, l’expansion du crédit, la digitalisation et l’exigence de couverture des risques rendaient ce seuil obsolète, soulignent plusieurs analystes basés à Douala.
Selon la nouvelle grille, chaque banque autorisée après le 1er janvier 2026 devra démarrer avec le capital complet. Celles déjà en activité disposent d’un an pour atteindre la barre, sans quoi elles devront déposer un plan chiffré détaillant trimestre par trimestre les apports.
La montée progressive doit limiter les ruptures de liquidité et préserver la distribution de crédit aux ménages et aux PME, insiste un cadre de la Banque des États d’Afrique centrale, qui évoque un suivi « mensuel » des ratios durant la phase transitoire.
Contexte régional et continental
La décision centre-africaine s’aligne sur l’Union monétaire ouest-africaine, où le capital minimal est passé à 20 milliards FCFA depuis janvier 2024, avec une cible similaire pour 2027. L’harmonisation vise à réduire l’arbitrage réglementaire entre les deux blocs CFA.
Au Nigeria voisin, plus vaste marché anglophone du continent, la banque centrale a lancé un programme de recapitalisation massif qui s’achève en 2026. À mi-parcours, quarante-pour-cent des établissements ont déjà franchi la ligne, selon les données communiquées à Abuja.
Dans ce paysage, la CEMAC veut maintenir l’attractivité de son secteur financier et accompagner l’émergence d’acteurs assez solides pour participer au financement des infrastructures régionales, des forêts, de la transition numérique et des chaînes de valeur agro-industrielles.
L’initiative trouve aussi un écho au G20, où les ministres africains des Finances plaident pour un renforcement de la résilience bancaire face aux chocs climatiques et pandémiques. Un capital plus élevé constitue, selon eux, la première ligne de défense macro-prudentielle.
Effets attendus au Congo-Brazzaville
À Brazzaville, sept banques commerciales opèrent aujourd’hui, pour un total d’actifs supérieur à 2 000 milliards FCFA. D’après le régulateur national, trois établissements dépassent déjà le nouveau seuil, tandis que les autres disposent encore de marges de manœuvre pour lever des fonds.
Un banquier basé dans la capitale souligne que « les actionnaires locaux et panafricains mesurent l’enjeu de réputation ». Les discussions portent sur des augmentations par paliers, adossées aux bénéfices non distribués et, le cas échéant, à l’entrée de partenaires stratégiques.
Pour les autorités congolaises, cette opération s’inscrit dans le cap de diversification économique engagé sous l’impulsion présidentielle, qui fait du secteur financier un levier de mobilisation de l’épargne domestique et de financement des projets industriels et énergétiques.
Gouvernance prudentielle et innovation
Le relèvement du capital ira de pair avec un contrôle renforcé des exigences de fonds propres, de liquidité et de gouvernance, confie un spécialiste de la COBAC. Des audits numériques et climatiques seront intégrés pour rapprocher les normes locales des standards de Bâle III.
Plusieurs fintechs congolaises y voient une opportunité : en devenant partenaires technologiques des banques, elles peuvent proposer des plateformes de paiement ou de scoring, tout en évitant le fardeau réglementaire lié au statut bancaire.
Le ministère congolais des Finances étudie en parallèle la création d’un fonds de garantie des dépôts plus robuste, financé par une contribution proportionnelle aux actifs. L’outil renforcerait la confiance des épargnants tout en mutualisant le coût d’éventuelles interventions.
Scénarios de consolidation
Les analystes envisagent trois trajectoires. Certains groupes internationaux pourraient injecter du capital frais pour consolider leurs filiales. D’autres préféreront des fusions permettant d’atteindre la taille critique. Enfin, une sortie ordonnée est possible pour les petites banques à actionnariat dispersé.
Les fonds panafricains d’infrastructure financière, ainsi que les bailleurs multilatéraux, explorent déjà des véhicules d’investissement dédiés. L’objectif est de soutenir la consolidation tout en préservant la concurrence, condition jugée essentielle pour maintenir des taux de crédit abordables.
Et après ?
La COBAC prévoit de publier, d’ici décembre, une cartographie des progrès par établissement, accompagnée de graphiques interactifs que notre rédaction analysera dès leur diffusion. Une transparence inédite saluée par les associations de consommateurs et par les investisseurs institutionnels.
Dans les salles de marché de Libreville à N’Djamena, le relèvement du capital est déjà intégré dans la valorisation des titres bancaires. Les analystes estiment que la réforme pourrait accroître la capitalisation boursière régionale de près de 15 % sur trois ans.
Rendez-vous est donc pris au 31 décembre 2026, date butoir pour la mise à niveau. D’ici là, notre rédaction proposera cartes, portraits d’acteurs et décryptages afin de suivre, secteur par secteur, la montée en puissance du capital bancaire en Afrique centrale.
