Ce qu’il faut retenir
Libérer plus de huit cents détenus puis conserver derrière les grilles deux opposants notoires : le paradoxe cristallise la campagne présidentielle centrafricaine. Les cas du constitutionnaliste Dominique Désiré Erenon et de Christian Dondra interrogent la portée réelle de la grâce annoncée par le président Faustin-Archange Touadéra.
Climat politique à Bangui
Depuis deux ans, le pouvoir vante une « normalisation » après les pics de violence armée. Les marchés rouvrent, et la mission onusienne note un reflux des affrontements (MINUSCA). Pourtant, analystes et diplomates évoquent encore un terrain miné par la méfiance et les rivalités pré-électorales.
Amnistie sélective
Le 17 septembre, un décret présidentiel a vidé partiellement la prison de Ngaragba : 816 détenus ordinaires ont retrouvé leur famille. Le gouvernement y voit une palpation humanitaire, destinée à « désengorger » les cellules surpeuplées et à envoyer un signal d’apaisement national, selon le porte-parole du ministère de la Justice.
Détenus symboles
Au même moment, les cellules proches du couloir administratif restent fermées pour quelques profils qualifiés de « sensibles ». Christian Dondra, frère du candidat Henri-Marie Dondra, continue d’y attendre son audience pour un supposé complot. Idem pour le Dr Erenon, interpellé le 7 juillet sans mandat présenté publiquement.
Choc Erenon
Dominique Désiré Erenon, 67 ans, docteur en droit reconnu à l’Université de Bangui, totalise aujourd’hui plus de soixante-quinze jours à la Section de recherches et d’investigation. Ses proches dénoncent l’absence d’inculpation officielle. Sur les réseaux, rumeurs et accusations de connivence étrangère fleurissent, jamais étayées par un document judiciaire.
Dossier Dondra
Christian Dondra aurait été conduit à Ngaragba après qu’un enquêteur militaire l’a relié à un projet d’assassinat. Ses avocats, eux, n’ont eu accès qu’à un procès-verbal partiel. La famille dénonce une tactique d’intimidation visant à fragiliser la candidature d’Henri-Marie Dondra, crédité de 18 % des intentions de vote par le dernier sondage Afrobaromètre.
Présidentielle du 28 décembre
Les huit candidats validés par l’Autorité nationale des élections sillonnent actuellement l’arrière-pays. Faustin-Archange Touadéra met en avant le bilan sécuritaire et la montée du budget national de défense. L’opposition, privée de certaines figures, insiste sur la nécessité d’égaliser les conditions de campagne et réclame l’accès équitable aux médias d’État.
Scénarios avant le scrutin
Plusieurs observateurs prévoient trois issues. Premier scénario : la libération rapide d’Erenon et Dondra, encourageant un vote moins contesté. Deuxième scénario : maintien en détention et boycott partiel de l’opposition, au risque de tensions urbaines. Troisième voie : un report technique du scrutin si la sécurité intérieure se détériore.
Perspectives post-scrutin
Quel que soit le résultat, la question de la justice transitionnelle reviendra sur la table. La Cour pénale spéciale, déjà débordée, risque de voir son rôle élargi à ces dossiers politico-judiciaires, prévient une experte de l’ONG Citizens for Peace. L’Union africaine, elle, appelle au respect des décisions souveraines de Bangui.
Le point juridique
En théorie, la Constitution garantit l’habeas corpus et limite la garde à vue à sept jours renouvelables une fois. Des juristes rappellent que toute prolongation nécessite une décision motivée d’un juge. Le parquet général évoque toutefois la « sûreté de l’État » comme fondement d’investigations plus longues dans les affaires Erenon et Dondra.
Cartographie des lieux de détention
Ngaragba, au cœur de Bangui, héberge 1 600 détenus pour une capacité officielle de 600 places. La Section de recherches se trouve à 2 km du palais présidentiel. Le camp de Roux, davantage militaire, est situé sur la route de Mbaïki. Une carte infographique accompagne cet article pour visualiser chaque site.
