Ce qu’il faut retenir
En levant 670 millions USD sur le marché principal de la Bourse de Londres, la République du Congo signe son grand retour sur la scène financière mondiale. Vingt ans après sa dernière émission, le pays retrouve un accès direct aux capitaux internationaux.
Le titre, arrivant à échéance en 2035, permettra de refinancer une partie de la dette publique, de lisser le profil d’amortissement et de contenir les charges d’intérêts. Pour le ministère des Finances, c’est la reconnaissance d’un assainissement budgétaire amorcé depuis 2019.
Un retour salué par la City
L’opération, arrangée par trois banques internationales, a suscité un carnet d’ordres supérieur à un milliard de dollars selon des sources proches du dossier. Le rendement, jugé compétitif au regard des notations actuelles, traduit la prime de confiance accordée à Brazzaville.
« Nous avons renoué avec la stabilité budgétaire, nos comptes sont solides », souligne Christian Yoka, ministre congolais des Finances, en marge du placement. Il rappelle que les excédents primaires dégagés depuis deux exercices ont servi de tremplin à cette sortie.
Pour les investisseurs londoniens, le signal est double : le cadre macroéconomique se consolide et les autorités montrent leur capacité à dialoguer avec les marchés en toute transparence, critère devenu déterminant depuis la pandémie.
Des fondamentaux assainis
Le Congo affiche une croissance redevenue positive grâce à la hausse de la production pétrolière, au rebond des services et aux premiers effets de la diversification agricole. Le déficit budgétaire est passé sous 1 % du PIB, tandis que la dette publique brute recule doucement.
La mise en œuvre du programme triennal soutenu par le FMI a imposé une discipline rigoureuse : plafonnement de la masse salariale, rationalisation des subventions et modernisation de la collecte fiscale. Ces mesures ont dégagé des marges pour l’investissement productif et la protection sociale.
Les partenaires régionaux, au sein de la CEMAC, saluent également la contribution de Brazzaville à la stabilité monétaire sous régime de change fixe, un gage supplémentaire de crédibilité pour les créanciers extérieurs.
Transparence et gouvernance de la dette
Si les progrès sont visibles, la société civile souhaite un engagement durable sur la gouvernance. Brice Mackosso, secrétaire permanent de la commission Justice et Paix de Pointe-Noire, félicite « la direction prise », tout en plaidant pour plus de clarté sur les bénéficiaires effectifs du secteur extractif.
Le gouvernement répond par des actes. Un bulletin trimestriel statistique sur la dette sera publié, détaillant montants, échéances et taux. Les marchés y verront un outil de suivi, tandis que les citoyens disposeront d’une référence pour évaluer l’utilisation des ressources.
Les autorités travaillent également à l’adhésion pleine et entière aux normes de l’OCDE sur l’échange automatique d’informations, afin de tarir les flux illicites et renforcer la traçabilité budgétaire.
Scénarios : marges de manœuvre et risques
Si les cours du brut demeurent soutenus, Brazzaville pourra accélérer l’amortissement anticipé de certaines lignes coûteuses et consacrer plus de moyens aux infrastructures routières et numériques, vecteurs de diversification non-pétrolière.
Un ralentissement mondial ou une tension prolongée sur les taux américains pourrait toutefois renchérir le service de la nouvelle obligation. Les autorités prévoient, dans ce cas, des filets de sécurité via un rééchelonnement sélectif et la mobilisation accrue des partenaires multilatéraux.
Et après ? Cap sur la diversification
Le ministère des Finances veut transformer ce succès financier en levier réel pour les PME locales. Un guichet de garantie, adossé à une partie des fonds levés, facilitera l’accès au crédit des entrepreneurs agricoles et numériques.
Un second axe porte sur la transition énergétique. Des projets pilotes de captage-stockage de carbone dans le bassin du Congo bénéficieront de financements concessionnels, complétés par des ressources domestiques libérées grâce au refinancement de la dette.
Enfin, la préparation d’une éventuelle notation ESG devrait amplifier la visibilité du Congo sur les segments obligataires verts, alignant financement et ambition climatique sans compromettre la soutenabilité.
