Ce qu’il faut retenir
Lancement mardi 9 décembre à Brazzaville du Projet d’harmonisation et d’amélioration des statistiques en Afrique de l’Ouest et du centre, volet congolais. Doté de 60 millions de dollars, Hiswaca ambitionne de faire passer le système statistique national à l’ère numérique intégrale.
L’appui décisif de la Banque mondiale
Le financement provient d’un prêt de la Banque mondiale approuvé en juin. Le ministère du Plan et de la Statistique supervise, tandis que l’Institut national de la statistique assume l’exécution technique. Le partenariat renforce la crédibilité budgétaire et rassure les investisseurs intéressés par des données fiables.
Selon Clara de Sousa, représentante de la Banque mondiale à Brazzaville, « la donnée est le carburant de toute réforme économique inclusive ». Pour elle, Hiswaca place le Congo sur la même trajectoire que le Ghana ou la Côte d’Ivoire, pionniers de la statistique modernisée.
L’instrument financier retenu est un crédit à taux concessionnel de l’Association internationale de développement, remboursable sur quarante ans avec un moratoire de dix ans. Ce schéma garantit une charge soutenable pour les finances publiques, en ligne avec les engagements pris dans le programme FEC conclu avec le FMI.
Des infrastructures physiques et numériques à refonder
Les prochaines cinq années verront la construction d’un data center sécurisé, la rénovation des antennes régionales de l’INS et la fourniture de tablettes pour les enquêteurs. Le réseau d’échanges passera à la fibre optique, réduisant de moitié le délai entre collecte et publication des indicateurs.
Patrick Valery Alakoua, coordinateur national, assure que le nouveau matériel permettra de respecter les Normes spéciales de diffusion des données du FMI. « Nous voulons publier le Produit intérieur brut trimestriel dès 2026 », déclare-t-il, soulignant l’enjeu de transparence macroéconomique.
Le projet comprend également l’acquisition d’images satellites à haute résolution pour cartographier l’occupation des sols. Couplées aux enquêtes ménages, ces données géospatiales permettront d’affiner les projections de rendements agricoles et d’anticiper les risques climatiques, un atout pour la stratégie nationale de sécurité alimentaire.
Former une génération de statisticiens
Un volet entier du programme est consacré au renforcement des compétences. Deux cent cinquante agents suivront des formations certifiantes en data science, analyse géospatiale et visualisation dynamique. Des partenariats sont prévus avec l’École nationale de la statistique et d’économie appliquée d’Abidjan et l’université Marien-Ngouabi.
Le gouvernement souhaite également féminiser la profession. Une bourse dédiée aux jeunes diplômées en mathématiques est lancée, couvrant frais de scolarité et logement. « Les femmes représentent moins de 20 % des statisticiens publics, nous visons 40 % d’ici 2028 », précise la directrice des ressources humaines du ministère.
Le contexte régional et panafricain
Hiswaca est déployé simultanément au Cameroun, au Togo et au Niger, formant ainsi une plateforme mutualisée de méthodologies et d’outils. Les équipes nationales se réuniront chaque semestre pour harmoniser les nomenclatures, condition sine qua non de comparaisons fiables entre pays et de rapports transfrontaliers.
La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale projette déjà d’utiliser ces statistiques harmonisées pour réviser l’indice des prix à la consommation sous-régional. Une démarche saluée par la Banque des États d’Afrique centrale, qui y voit un moyen d’améliorer la conduite de sa politique monétaire.
Un outil pour des politiques publiques plus fines
Les nouveaux tableaux de bord permettront de suivre en temps réel la couverture vaccinale, la fréquentation scolaire ou la production agricole. Le ministère des Finances prévoit d’intégrer ces indicateurs à la préparation budgétaire afin de mieux cibler les dépenses sociales et d’ajuster la fiscalité locale.
Pour la société civile, l’accès ouvert aux micro-données offrira la possibilité de produire ses propres analyses. L’Observatoire congolais des droits de l’Homme espère, par exemple, cartographier les inégalités d’accès à l’eau potable et dialoguer avec les collectivités sur la base d’évidences partagées.
Et après pour la data congolaise ?
La réussite dépendra de la pérennité des financements et de la capacité à retenir les talents formés. Pour Pierre Oba, économiste à l’université de Ouesso, « un système statistique vit s’il produit régulièrement des données pertinentes ». Il plaide pour une ligne budgétaire dédiée au-delà du prêt.
De son côté, le gouvernement mise sur la valorisation économique des archives numériques. Un cadre juridique sur la protection des données personnelles devrait être soumis au Parlement lors de la prochaine session, afin d’attirer les opérateurs cloud sans compromettre la souveraineté numérique nationale.
Si les jalons sont tenus, le Congo-Brazzaville pourrait publier son premier recensement entièrement digitalisé en 2029. Les experts régionaux y voient une étape clé pour l’intégration du pays dans la Zone de libre-échange continentale africaine, où les règles d’origine exigeront des bases statistiques robustes.
En dotant le pays d’un système statistique robuste, les autorités espèrent aussi attirer les investisseurs privés dans des secteurs non extractifs. Une base de données fiable sur la demande intérieure ou la démographie urbaine pourrait, selon le Conseil congolais des investisseurs, convaincre des industriels agroalimentaires ou des acteurs du numérique.
Les premiers indicateurs de performance seront évalués publiquement dès le second trimestre 2024.
