Ce qu’il faut retenir du plaidoyer
Réunis à Brazzaville autour de la délégation européenne, acteurs publics, société civile et experts ont lancé un pressant signal: pour protéger durablement les enfants des rues, un financement pérenne, piloté et suivi, doit rejoindre la panoplie des politiques publiques congolaises.
Ce qu’il faut retenir: l’appel, formulé en clôture de la Quinzaine des droits humains, vise un budget consacré à la prise en charge, à la réinsertion et au suivi des mineurs vulnérables, afin d’éviter des réponses ponctuelles dépendantes d’ONG ou d’aides extérieures.
Contexte national des droits de l’enfant
Le Congo dispose d’une loi de protection de l’enfant, d’un code de la famille révisé et d’un plan national d’action sociale, rappellent les participants, mais le passage du texte à l’action souffre d’un manque de coordination et de ressources stables.
Dans les rues de Pointe-Noire, Dolisie ou Brazzaville, l’Unicef recensait déjà plus de douze mille enfants en situation de vulnérabilité en 2022; un chiffre jugé sous-estimé par plusieurs ONG, faute de couverture statistique hors zones urbaines.
Financements publics: état des lieux
Le budget national 2025 réserve environ 3,2 % aux affaires sociales, selon le ministère du Plan; seule une part mineure cible spécifiquement les enfants de la rue, tandis que la dépense prioritaire reste concentrée sur les transferts familiaux et les internats publics.
Les bailleurs multilatéraux, Banque mondiale en tête, injectent déjà des subventions en soutien aux programmes d’état civil et aux filets sociaux; toutefois, ces lignes, pluriannuelles mais limitées, n’assurent pas le fonctionnement quotidien des centres d’accueil communautaires.
Le chargé d’affaires de l’Union européenne, Torben Nilsson, a insisté sur l’effet de levier d’une dotation publique claire : elle faciliterait, dit-il, la mobilisation d’autres partenaires techniques et financiers, car « personne ne vient combler un vide budgétaire sans engagement local ».
Approches de formation et insertion
Les débats ont mis en avant les centres d’apprentissage existants à Makabandilou et Mouyondzi, où 430 jeunes suivent des formations courtes en mécanique, couture ou agriculture; selon leurs responsables, plus de 60 % accèdent ensuite à un revenu régulier.
Ces résultats soutiennent l’idée que l’insertion socioprofessionnelle prévient mieux la délinquance que l’enfermement ou la dispersion forcée; le ministère de la Jeunesse prépare ainsi un projet pilote de « contrats d’accompagnement » cofinancés par le secteur privé pétrolier.
Scénarios de mise en œuvre d’ici 2030
Premier scénario, jugé réaliste par les économistes: flécher 0,5 % supplémentaire des recettes fiscales non pétrolières vers un fonds dédié, soit environ 8 milliards de francs CFA par an, suffisant pour étendre l’accueil à dix mille enfants d’ici cinq ans.
Deuxième option, plus ambitieuse, s’appuie sur des partenariats public-privé: les grandes entreprises verseraient un pourcentage de leur responsabilité sociétale sur des projets sociaux labellisés; l’État garantirait la transparence par un audit annuel confié à la Cour des comptes.
Enfin, le scénario accéléré combine un financement budgétaire rehaussé et une mobilisation citoyenne via le mobile money: un micro-don de cent francs CFA par transaction pourrait, selon l’association Plateforme numérique solidaire, lever trois milliards chaque année.
Le point juridique et partenarial
Sur le front normatif, Brazzaville a accepté quarante-huit recommandations lors de l’Examen périodique universel de Genève en janvier 2024; dix concernent directement les enfants des rues, avec un calendrier de suivi transmis au Haut-Commissariat des Nations unies.
Le ministre de la Justice, Ange Aimé Bininga, rappelle que la loi prévoit déjà des sanctions contre l’exploitation mendiante et promet une circulaire pour accélérer les poursuites; une coordination avec la gendarmerie est testée sur trois arrondissements de la capitale.
Côté partenaires, l’Union européenne prolonge son programme Paideia II, centré sur la formation des journalistes aux droits de l’enfant; l’Unicef, elle, prévoit une cartographie numérique des points de concentration des mineurs, indispensable pour cibler les interventions.
Et après pour les enfants des rues?
Les différentes parties prenantes conviennent qu’une première victoire serait d’assurer trois repas, un abri sûr et un suivi médical basique à chaque enfant dès 2026; les comités locaux de quartier, actuellement consultatifs, pourraient devenir l’épine dorsale de cette vigilance quotidienne.
Et après ? Les experts soulignent qu’une génération insérée aujourd’hui représentera, demain, un dividende démographique utile à la diversification économique du Congo; c’est donc aussi une stratégie de croissance inclusive qui se joue derrière l’urgence humanitaire.
Témoignages des premiers bénéficiaires
Frédéric, seize ans, raconte avoir quitté Oyo pour la capitale après le décès de son père: « Le centre de Diata m’a appris la menuiserie; je gagne déjà quelques billets grâce aux chaises que nous fabriquons, je rêve maintenant d’un vrai atelier ».
Irène, douze ans, hébergée à Talangaï, souligne l’importance de la scolarité rétablie: « J’allais vendre des mouchoirs au marché; aujourd’hui je sais lire, je veux devenir infirmière ». Ce retour à l’école coûte moins de dix mille francs par enfant et par trimestre.
Rôle de la diaspora et des médias
Les associations de la diaspora congolaise à Paris et Montréal ont annoncé une campagne numérique baptisée « Un toit pour eux », visant à lever un million de francs CFA par mois; une websérie documentaire sera produite pour maintenir la cause dans l’espace médiatique.
