Une impulsion financière ciblée à Dolisie
Les chéquiers remis, fin juillet, aux 159 lauréats du Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement n’ont rien d’une aumône. Ils matérialisent la trajectoire que Brazzaville souhaite tracer pour son capital humain : placer la jeunesse au cœur de la croissance inclusive. Sélectionnés parmi 856 candidatures, ces artisans et petits commerçants de Dolisie rejoignent la deuxième cohorte financée en 2023, après une première vague d’avril. Le directeur général du Figa, Branham Kitombo, rappelle que « le micro-crédit n’est pas une subvention ; il constitue un levier de solvabilité qui doit s’autofinancer ». L’enveloppe, adossée à la ligne « Kolisa » de la société de micro-finance Fidec, cible des activités à cycle de trésorerie court – couture, menuiserie, transformation agroalimentaire – dont la rentabilité est démontrée dans le Niari.
Micro-crédit et stabilité macroéconomique
Au-delà des montants, encore modestes à l’échelle nationale, le dispositif s’inscrit dans la feuille de route 2022-2026 qui fait de la diversification hors pétrole une priorité. Selon la Banque mondiale, le secteur informel congolais concentre plus de 70 % des emplois urbains. Transformer une part de ce vivier en micro-entreprises bancarisées permet de sécuriser la base fiscale, d’élargir l’assiette des cotisations sociales et, in fine, de renforcer la résilience budgétaire de l’État. Dans un contexte où le Congo affiche une trajectoire de consolidation avec le FMI, chaque franc CFA réinjecté dans les circuits productifs locaux concourt à limiter la dépendance vis-à-vis des recettes hydrocarbures.
L’écosystème entrepreneurial en mutation
L’engagement public se double d’une pédagogie : la ministre des Petites et Moyennes Entreprises, Jacqueline Lydia Mikolo, a insisté sur « l’accompagnement de l’idée jusqu’au remboursement ». Cet accompagnement intègre la formalisation juridique, la formation à la tenue de caisse ainsi que la mise en relation avec les chambres consulaires. « L’entrepreneuriat exige courage et rigueur », a rappelé le ministre Pierre Mabiala, rappelant la nécessité de distinguer fonds de roulement et dépenses de loisirs. La trajectoire est progressive, mais les signaux sont tangibles : sur les 85 bénéficiaires d’avril, plus de 70 % auraient commencé à honorer leurs premières échéances, selon des données internes au Figa.
Enjeux diplomatiques et coopération multilatérale
En filigrane, l’initiative nourrit la diplomatie économique congolaise. L’Union africaine et la Banque africaine de développement promeuvent, depuis Abidjan, des mécanismes analogues d’inclusion financière. En capitalisant sur ces convergences, Brazzaville se positionne comme un laboratoire de bonnes pratiques pour la zone CEMAC. La réussite des micro-crédits de Dolisie pourrait servir d’argument lors des prochaines revues du Programme économique régional et renforcer la voix congolaise dans les enceintes financières.
Cap vers un effet multiplicateur
La barre symbolique des deux cents projets financés sera franchie d’ici peu, ambitionne le Figa, qui planche déjà sur une ligne verte dédiée à la transformation du manioc et à la revalorisation des déchets forestiers. La stratégie implique de densifier le maillage des guichets de proximité tout en maîtrisant le risque de défaut. Pour l’heure, l’initiative niarienne confirme qu’un micro-crédit assorti d’un accompagnement personnalisé peut convertir l’ingéniosité juvénile en valeur ajoutée territoriale. Dans une République du Congo qui cherche à conjuguer stabilité politique et diversification économique, la petite flamme entrepreneuriale allumée à Dolisie éclaire un chemin de croissance plus endogène qu’exogène.
