Ce qu’il faut retenir de la 9e Foire aux plants
Au Jardin des droits de l’homme, Anatole Collinet Makosso a ouvert la 9ᵉ Foire aux plants devant horticulteurs, étudiants et partenaires. Quelque 214 405 plants de 21 espèces forestières, fruitières ou médicinales sont proposés jusqu’au 30 novembre, autour du thème de la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes.
Le chef du gouvernement a rappelé que chaque citoyen peut planter, entretenir et protéger un arbre, surtout à l’approche de la Journée nationale de l’arbre du 6 novembre. « Les arbres et nous sommes des frères », a-t-il insisté, saluant l’engagement quotidien des « mains vertes » congolaises.
Brazzaville lance la saison verte
Symboliquement organisée en saison des pluies, la foire ouvre la période la plus propice au repiquage. Les stands, très fréquentés dès le premier jour, proposent des semis à prix solidaire afin d’encourager ménages, écoles et entreprises à verdir leurs parcelles urbaines ou périurbaines.
Le ministère de l’Économie forestière mise sur cet élan populaire pour atteindre les objectifs du Plan national d’afforestation et de reboisement (Pronar), pilier de la stratégie climatique du Congo et contribution majeure à la neutralité carbone régionale.
Des espèces au service de la restauration
Parmi les essences exposées figurent l’acajou, le terminalia, le framiré et le limba, recherchés pour l’enrichissement des forêts naturelles. Les fruitiers – safoutiers, mandariniers, avocatiers – répondent aux préoccupations de sécurité alimentaire et de revenus. Des plantes médicinales, comme l’artemisia, illustrent la valorisation des pharmacopées locales.
Les producteurs ont également sélectionné des essences ornementales adaptées aux zones urbaines, soucieuses de réduire les îlots de chaleur et d’améliorer la qualité de l’air. Chaque plant est accompagné d’une fiche technique simplifiée afin de faciliter la prise en main par les nouveaux jardiniers.
Innovation : du raphia aux biofertilisants
L’édition 2025 met en lumière les produits non ligneux : miel, malaguette, palmou, huiles essentielles. La nouveauté la plus remarquée reste la valorisation du tissu en raphia, symbole d’une économie circulaire tirant parti de la fibre locale et créant des emplois dans l’artisanat textile.
Autre attraction, les biofertilisants liquides mis au point par de jeunes agronomes congolais. Issus de ferments organiques, ils offrent une alternative aux intrants importés, réduisent les coûts de production et limitent le lessivage des sols, enjeux centraux pour la durabilité des plantations.
Une foire, trois villes, un même élan
Outre Brazzaville, Pointe-Noire et Ollombo accueillent simultanément des stands sur 7 000 m² cumulés. Cette décentralisation rapproche l’offre des zones agroforestières et favorise la diffusion rapide des plants vers les corridors logistiques nord-sud.
Depuis 2017, la foire a permis la vente de plus de 205 000 plants et généré 242 millions CFA de chiffre d’affaires. Les organisateurs espèrent battre ces records cette année grâce à une affluence attendue de 70 000 visiteurs, portée par la communication numérique et les partenariats scolaires.
Les enjeux économiques du reboisement
Selon le Pronar, chaque hectare reboisé crée trois emplois directs dans la pépinière, la mise en terre et le suivi sylvicole. À l’échelle nationale, la filière peut devenir un pilier de l’économie verte, évaluée à 2 % du PIB en 2022 et appelée à doubler d’ici 2028.
La ministre Rosalie Matondo insiste sur la diversification des revenus : produits forestiers non ligneux, carbone, écotourisme. « Planter, c’est anticiper une croissance inclusive et respectueuse des écosystèmes », souligne-t-elle, citant les projets pilotes de crédits carbone bientôt labellisés sous les standards internationaux.
Le point juridique et institutionnel
Le cadre légal du reboisement repose sur la loi 33-2020 portant Code forestier, qui consacre le principe du « zéro déforestation » nette à l’horizon 2030. Le texte encourage les concessions de plantations industrielles et les forêts communautaires, tout en protégeant 60 % du territoire classé en forêts.
La foire sert de plateforme pour informer les acteurs privés sur les incitations fiscales accordées aux initiatives vertes : exonération de TVA sur le matériel horticole, facilités douanières et accès prioritaire aux marchés publics de paysagisme urbain.
Scénarios pour le couvert forestier
Les projections du Centre national d’inventaire forestier montrent qu’un reboisement annuel de 20 000 ha permettrait de stabiliser le couvert à 65 % du territoire malgré la pression démographique. À ce rythme, le Congo pourrait compenser 18 millions t de CO₂ par an, renforçant sa diplomatie climatique.
Un scénario plus ambitieux, soutenu par la Banque africaine de développement, vise 30 000 ha par an grâce à des partenariats public-privé. Il nécessiterait la production de 45 millions de plants, soit le déploiement d’une quarantaine de pépinières régionales supplémentaires dans les cinq prochaines années.
Et après ? La route vers 2030
Jusqu’au 30 novembre, conférences, ateliers techniques et visites guidées rythmeront la foire. Les lycéens bénéficieront de kits pédagogiques, tandis que les start-up présenteront des applications de suivi satellite des plantations. À l’issue de l’événement, un rapport de recommandations sera remis au gouvernement.
Les organisateurs comptent pérenniser la foire en plateforme numérique active toute l’année, avec marché virtuel, webinaires et cartes interactives des zones à reboiser. Objectif : faire de chaque Congolais, de la diaspora aux écoliers, l’ambassadeur d’un patrimoine forestier au cœur des ambitions nationales.
