Ce qu’il faut retenir
Le Gabon a décidé d’examiner de fond en comble toutes ses conventions minières signées depuis 2010. Le gouvernement promet publication intégrale des contrats et contrôle comptable des opérateurs afin de renforcer la transparence, rassurer le Fonds monétaire international et attirer de nouveaux capitaux.
Pourquoi un audit maintenant
Lors du Conseil des ministres du 18 décembre, Libreville a placé ce chantier au cœur de sa stratégie de diversification. Le ministre des Mines Hervé Patrick Opiangah a déclaré que « la transparence est un préalable à la valorisation durable de notre sous-sol » (Ministère des Mines).
La mesure intervient alors que le dialogue avec le FMI doit reprendre. L’ancien programme, suspendu après la transition politique de 2023, pourrait être remplacé par une facilité élargie de crédit si le Gabon prouve la solidité de sa gouvernance économique.
En optant pour l’audit, l’exécutif évite toute hausse fiscale immédiate sur les opérateurs et préfère mettre en avant la qualité de l’information, perçue par les bailleurs comme un gage de stabilité.
Le précédent ghanéen
Libreville s’inspire ouvertement de la réforme initiée à Accra en 2025. Le Ghana a exigé de ses producteurs d’or la communication de dix ans de données financières et a annoncé la publication progressive des contrats miniers existants.
Ce parallèle sert d’argument politique. Accra a obtenu en décembre 2025 un accord de trois milliards de dollars avec le FMI, renforçant l’idée qu’un examen transparent du secteur extractif peut accélérer les négociations multilatérales.
Derrière la comparaison, une différence majeure subsiste : au Gabon, le pétrole pèse encore neuf fois plus que les mines dans les recettes extractives. L’audit devra donc prouver que la diversification est crédible malgré cette asymétrie.
Bienvenue aux investisseurs, message aux bailleurs
Le gouvernement présente l’opération comme un « test de confiance partagé ». Les multinationales déjà installées – Eramet, Huazhou, Fortescue – sont invitées à collaborer pour montrer leur capacité à opérer dans un cadre normatif clair.
Plusieurs sources industrielles confirment en privé que le climat demeure propice, tant que les exigences restent alignées sur les standards internationaux de l’ITIE et ne se transforment pas en redevances rétroactives.
Pour la Banque africaine de développement, qui étudie un prêt sectoriel de modernisation des infrastructures minières, l’initiative facilite la due diligence et réduit la perception de risque souverain.
Les ONG comme Publiez Ce Que Vous Payez saluent également la démarche, tout en rappelant que « la publication seule ne suffit pas ». Le gouvernement répond qu’un comité d’experts indépendants procèdera à des vérifications croisées des chiffres.
Quel impact pour l’écosystème extractif gabonais
Selon l’ITIE-Gabon, les mines n’ont généré que 7 % des recettes extractives en 2022. Manganèse, or et fer restent sous-exploités; l’audit pourrait dévoiler des gisements contractuels inadaptés aux réalités économiques actuelles.
Les négociateurs envisagent de réviser certaines clauses de stabilisation signées avant 2015, jugées trop favorables aux sociétés en phase d’amortissement avancé. Des incitations environnementales, telles que des crédits carbone pour la réhabilitation des sites, sont également à l’étude.
Le chantier administratif pourrait stimuler les PME locales de services géologiques et de conseil. Un guichet unique numérique, adossé au ministère, est en cours de finalisation pour centraliser les données et simplifier les démarches.
Cependant, les experts soulignent que l’impact sur la croissance dépendra de la rapidité de mise en œuvre. « Un audit sans suivi réglementaire ferme serait un simple exercice de communication », prévient l’analyste économique Mays Mouissi.
Et après pour Libreville
Le calendrier officiel sera détaillé au premier trimestre. Les autorités évoquent un rapport d’étape avant fin 2024 et la publication complète des conventions d’ici mi-2025.
Si les résultats satisfont le FMI, Libreville espère débloquer un programme pluriannuel qui allégerait la pression sur la trésorerie publique et financerait des infrastructures logistiques vers la zone économique spéciale de Nkok.
Au-delà du volet financier, l’enjeu est aussi politique. En affichant une gouvernance extractive modernisée, le pouvoir consolide sa légitimité auprès de la jeunesse et des partenaires africains, tout en démontrant que la transition post-hydrocarbures est en marche.
