Ce qu’il faut retenir
Le vice-président gabonais Alexandre Barro Chambrier a révélé à Londres que Libreville rebaserait son produit intérieur brut avant la fin de l’année, tout en auditant sa dette intérieure. Objectif déclaré : redorer le ratio dette/PIB et restaurer la confiance des marchés.
Cette annonce arrive alors que la Banque mondiale a momentanément suspendu ses décaissements, faute d’apurement d’arriérés, poussant le Trésor gabonais vers le marché régional des titres publics pour boucler ses besoins de trésorerie.
Libreville rebase son PIB : enjeux méthodologiques
Comme la Guinée et le Nigeria avant lui, le Gabon veut élargir la base statistique afin de capturer le secteur informel, l’économie numérique et la valorisation de son capital naturel, notamment forestier, précisent les experts contactés à Libreville.
Le rebasage, inspiré du modèle 2008 des Nations unies, devrait arithmétiquement hisser le PIB nominal au-delà des 21 milliards de dollars actuellement publiés, sans créer de richesse nouvelle mais en révélant mieux la structure de valeur ajoutée.
La démarche reste orthodoxe, assure un économiste du Fonds monétaire international, soulignant que Simon Kuznets lui-même recommandait d’actualiser périodiquement les paniers de biens pour coller à l’évolution des économies.
Pourquoi l’audit de la dette intérieure compte
Parallèlement, le gouvernement a mandaté des cabinets indépendants pour examiner la dette intérieure, jugée hétérogène et quelquefois litigieuse. Plusieurs factures, émises hors procédure, pourraient être écartées, réduisant mécaniquement l’encours officiellement reconnu.
Un précédent sénégalais, en 2012, avait mis au jour plusieurs centaines de milliards de francs CFA non comptabilisés. Libreville souhaite éviter pareille surprise budgétaire et rétablir la prévisibilité pour les fournisseurs de l’État.
Selon une source au ministère du Budget, l’audit offrira aussi une cartographie des créances détenues par les banques locales, ce qui facilitera le calibrage d’éventuels échanges dette-obligations pour relancer le crédit au secteur privé.
Le regard des bailleurs multilatéraux
La suspension partielle des décaissements de la Banque mondiale a rappelé la sensibilité des bailleurs aux arriérés. Pour l’institution, le signal envoyé est clair : l’orthodoxie budgétaire demeure la condition d’un accompagnement soutenu.
Le FMI, engagé dans des consultations Article IV, ne réclame pas de programme de rééchelonnement. Il encourage plutôt des réformes structurelles axées sur la mobilisation fiscale, la maîtrise de la masse salariale et la gouvernance des entreprises publiques.
Dans les couloirs du sommet du Financial Times, plusieurs investisseurs africains ont salué la transparence gabonaise, estimant qu’elle prépare un retour plus serein sur le marché international des eurobonds, gelé depuis quatre ans.
Scénarios pour les finances publiques 2024
Si le rebasage aboutit à un PIB révisé de 30 milliards de dollars, le ratio dette/PIB passerait d’environ 65 % à 45 %, offrant une marge d’endettement supplémentaire sans violer les critères CEMAC fixés à 70 %.
Le ministère de l’Économie envisage déjà d’orienter cette nouvelle capacité vers des projets d’infrastructures logistiques, afin de consolider la diversification post-pétrole, plutôt que de financer des dépenses courantes.
Un scénario prudent table sur une croissance réelle de 3,2 % en 2024, soutenue par l’industrie forestière et la reprise attendue du manganèse, tandis que la production pétrolière continuerait de décliner sous l’effet de la maturité des champs.
Contexte historique du PIB gabonais
Entre 1997 et 2013, Libreville avait déjà changé d’année de base, passant de 1985 à 2001, ce qui avait entraîné une révision de près de 15 % du niveau de richesse nationale, rappellent les archives de la direction générale de l’Économie.
La statistique nationale demeure toutefois pénalisée par la dispersion des sources de données et le poids de l’informel, estimé à 24 % du PIB actuel par la Banque africaine de développement.
Et après pour l’intégration CEMAC
La dynamique gabonaise pourrait inspirer les autres États de la zone, dont certains n’ont pas actualisé leur année de base depuis plus de dix ans. Une harmonisation statistique renforcerait la crédibilité des agrégats régionaux présentés à la BEAC.
Pour les investisseurs, disposer de ratios comparables entre Douala, Brazzaville et Libreville faciliterait l’allocation de capital, surtout à l’heure où la zone franc cherche à intensifier ses émissions communes.
Photos, cartes et data
Les services gabonais de cartographie préparent un atlas interactif montrant la répartition géographique de la valeur ajoutée, ainsi qu’un graphique chronologique sur l’évolution du ratio dette/PIB depuis 2000, précise la cellule data du ministère.
Des clichés du port d’Owendo et des communautés forestières accompagneront la communication officielle afin d’illustrer comment les activités jusqu’ici invisibles aux comptes nationaux soutiennent la croissance inclusive.
Le point éco-juridique
Le rebasing ne modifie pas en soi les obligations contractuelles de l’État. Cependant, la révision des statistiques pourrait influencer les clauses de déclenchement de certains covenants, notamment ceux liés au ratio dette/PIB dans les contrats de prêt syndiqués.
Les juristes recommandent donc une communication précoce avec les créanciers pour éviter tout malentendu et préserver la notation souveraine, déjà stable chez Fitch et Moody’s.
Et après ?
Reste la délicate question de la soutenabilité à long terme. Si les prix du pétrole devaient s’affaisser durablement, le Gabon aurait intérêt à accélérer la fiscalité verte pour valoriser son stock de carbone, suggère un conseiller présidentiel.
