Ce qu’il faut retenir
Sous les ors du palais présidentiel d’Abidjan, Denis Sassou Nguesso a salué la prestation de serment d’Alassane Ouattara, réélu avec 89,77 % des suffrages. Ce déplacement illustre la volonté du Congo-Brazzaville de consolider un partenariat stratégique avec la Côte d’Ivoire, poids lourd économique de l’Afrique de l’Ouest.
Diplomatie Congo–Côte d’Ivoire renforcée
Les deux capitales entretiennent depuis trois décennies une collaboration discrète mais régulière, marquée par des visites de haut niveau et des accords sectoriels. L’invitation adressée à Brazzaville témoigne d’une confiance réciproque, jugée précieuse dans un contexte régional traversé par des incertitudes sécuritaires.
« Nos pays partagent l’ambition d’un continent stable et prospère », a rappelé un diplomate congolais présent à Abidjan, mettant en avant les convergences de vues dans les fora africains et multilatéraux.
Une cérémonie aux symboles régionaux
Le protocole ivoirien a déroulé un tapis rouge qu’arpentaient plusieurs chefs d’État. Présence rare des présidents du Ghana, du Niger et du Togo, ce parterre traduit la volonté collective de redonner du souffle à la coopération Sud-Sud face aux turbulences géopolitiques mondiales.
Chantal Nanaba Kamara, présidente de la Cour constitutionnelle, a ouvert l’audience solennelle avant la remise du grand collier de l’Ordre national à Alassane Ouattara. La séquence a souligné la continuité institutionnelle, valeur encouragée par Brazzaville dans ses prises de parole internationales.
Convergences économiques et réformes
La Côte d’Ivoire, locomotive ouest-africaine, et le Congo, hub pétrolier d’Afrique centrale, cherchent à diversifier leurs économies. Abidjan aspire à l’industrialisation du cacao; Brazzaville mise sur l’agro-transformation et l’exploitation responsable du bois, deux chantiers susceptibles d’attirer des capitaux croisés.
Dans l’énergie, la Société nationale des pétroles du Congo et la compagnie ivoirienne Petroci étudient la faisabilité d’opérations conjointes offshore. « Les synergies sur la formation technique sont réelles », confie un cadre de la Chambre africaine de l’énergie.
Le volet agricole n’est pas en reste : la savane congolaise offre des terres pour le riz ivoirien tandis que des coopératives congolaises regardent le modèle de filière anacarde développé à Korhogo.
Numérique et sécurité, priorités partagées
Alassane Ouattara a promis de poursuivre l’essor du numérique. Le Congo, déjà relié au câble 2Africa, discute d’un bras fibre optique vers Abidjan via le Gabon et le Ghana, pour sécuriser les flux de données contre les ruptures sous-marines.
La menace du cyber-terrorisme, citée dans le discours d’investiture, inquiète également Brazzaville. Les ministres en charge de la Sécurité des deux pays finalisent un protocole d’alerte rapide sur les plateformes sociales, afin de contenir la propagande violente.
Rôle de médiateur et cadres régionaux
Fort de son expérience d’hôte de plusieurs dialogues de paix, le Congo pourrait offrir ses bons offices à l’Union africaine pour des dossiers ouest-africains. Certaines chancelleries estiment qu’une diplomatie de complémentarité entre Brazzaville et Abidjan renforcerait la prévention des crises.
Sur le plan institutionnel, l’articulation entre CEMAC et CEDEAO, longtemps théorique, gagne en consistance. Des corridors routiers et ferroviaires sont à l’étude pour faciliter les échanges du port de Pointe-Noire vers la plaque logistique ivoirienne.
Financements et effet levier
La Banque africaine de développement, basée à Abidjan, explore un guichet vert commun aux deux pays pour les projets d’efficacité énergétique. Brazzaville espère mobiliser ce levier afin de moderniser ses réseaux électriques et réduire son empreinte carbone liée au gaz torché.
Des investisseurs privés, notamment la Bourse régionale des valeurs mobilières, scrutent les obligations congolaises libellées en francs CFA, jugées attractives après l’assainissement budgétaire engagé par le gouvernement congolais.
Et après ? Perspectives stratégiques
Analyste à l’université de Cocody, Marie-Josée Konan estime que « l’affichage d’Abidjan consolide la stature internationale du président Sassou ». La visibilité acquise pourrait faciliter l’obtention de soutiens pour le sommet des trois bassins forestiers que le Congo prépare.
Scénario central évoqué par des think tanks : la création d’un axe politique et économique tirant parti du dynamisme côtier ivoirien et de la profondeur stratégique congolaise. Ce tandem serait un atout pour la Zone de libre-échange continentale africaine.
Au plan juridique et économique, les experts rappellent que les deux Constitutions consacrent la liberté des affaires et la protection des investissements, rassurant les opérateurs appelés à concrétiser les annonces.
En clôture de la cérémonie, Denis Sassou Nguesso a confié à la presse congolaise que « les succès ivoiriens résonnent comme une invitation au travail commun ». Le message donne le ton : après les discours, place aux chantiers.
