Ce qu’il faut retenir
Une cinquantaine de jeunes réunis fin décembre à Brazzaville ont décortiqué, durant deux journées intenses, les rouages de la diplomatie climatique, de la finance carbone et des mécanismes de développement propre.
Portée par la Coalition des associations des jeunes congolais pour l’environnement, l’initiative complète la stratégie nationale Climat, saluée pour son alignement sur l’Accord de Paris. Elle vise à rendre la relève congolaise capable de négocier, mais aussi de monter des projets bancables.
Au-delà de l’activisme, les stagiaires ont découvert un marché mondial pesant plus de 390 milliards de dollars, où le pays peut monétiser ses actifs forestiers et sa biodiversité exceptionnelle.
Des ambitions nationales alignées sur l’Accord de Paris
Le ministère de l’Environnement rappelle que la République du Congo s’est engagée à réduire de 48 % ses émissions d’ici 2030 en misant sur la gestion durable de ses 22 millions d’hectares de forêts. Ces promesses nécessitent une expertise pointue pour être valorisées auprès des bailleurs.
« Former nos jeunes, c’est consolider cet engagement et garantir que les ressources mobilisées resteront au Congo », confie un cadre du Fonds bleu pour le bassin du Congo, partenaire technique de l’atelier.
Capacité locale : pourquoi la jeunesse compte
Les participants venaient de disciplines variées : économie, biologie, droit, journalisme. Cette transversalité reflète la complexité des négociations onusiennes, où science, finance et diplomatie se mêlent.
« Le changement climatique n’est plus seulement un slogan, c’est un secteur d’opportunités », insiste Espanich Motondo, fondateur du Mjec, convaincu que la jeunesse peut occuper des postes-clés dans les futures délégations congolaises à la CCNUCC.
Finance verte : un marché qui se professionnalise
Une session concrète a détaillé la logique des crédits carbone, de la MRV au registre. Les stagiaires ont simulé la structuration d’un projet REDD+ dans le département de la Sangha, intégrant la cartographie satellite et la consultation des communautés autochtones.
« Je pensais que la finance était réservée aux banques ; j’ai compris qu’un écologue peut aussi lever des millions en sauvant des forêts », se réjouit Roxanne Vanessa Ndedi, étudiante en économie de l’environnement.
Contexte
Le Congo dispose de la troisième masse forestière dense au monde. En 2023, il a accueilli le sommet des Trois Bassins, soulignant sa vocation de leader forestier. Cependant, la concurrence pour les financements se durcit, du Brésil à l’Indonésie.
Des voix expertes estiment que la valeur d’un hectare de forêt peut quadrupler si le pays fournit des données transparentes et forme des négociateurs capables de parler le langage des investisseurs.
Le point éco
Selon Climate Policy Initiative, la finance climatique mondiale reste concentrée à 76 % dans les économies avancées. Les pays forestiers d’Afrique centrale captent moins de 2 %. L’atelier brazzavillois entend inverser cette statistique en créant un vivier de chefs de projet certifiés.
Des modules sur l’économie circulaire ont également montré comment les PME locales peuvent développer des produits basés sur le bambou ou le cacao durable, alignés sur les futurs règlements européens sur la déforestation.
Scénarios
Si la courbe actuelle se maintient, Brazzaville pourrait, d’ici cinq ans, déployer une task-force d’experts juniors répartis entre ministère, secteur privé et ONG, réduisant sa dépendance aux consultants étrangers.
Un second scénario table sur la création d’un centre régional de formation sur la finance verte, soutenu par la CEMAC, qui attirerait des apprenants du Cameroun et du Gabon et renforcerait l’intégration sous-régionale.
Et après ?
Les organisateurs préparent une plateforme numérique d’échanges, où les anciens stagiaires partageront appels à projets et tutoriels. Une carte interactive des initiatives climat-jeunesse sera mise en ligne, facilitant la veille. Des partenariats sont en discussion avec l’Université Marien-Ngouabi pour labelliser le cursus.
Boris Richinel Mboussa, écrivain et militant, résume : « Nous voulons passer d’une prise de parole à une prise de décisions ». Rendez-vous est pris pour la COP30 de Belém, où la délégation congolaise compte inscrire plusieurs visages formés cet hiver.
