Ce qu’il faut retenir
Jamais la diplomatie marocaine n’avait autant bousculé les codes des organisations internationales. En 2025, Rabat a cumulé présidences, vice-présidences et sièges stratégiques, traduisant une stratégie de rayonnement voulue par le roi Mohammed VI et portée par un appareil diplomatique rodé.
Ce bilan, présenté en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, éclaire la montée en gamme de l’influence africaine au sein du multilatéralisme, un espace longtemps dominé par les grandes puissances occidentales et asiatiques.
Diplomatie marocaine ambitieuse en 2025
Sous l’impulsion du Souverain, le ministère des Affaires étrangères a adopté une feuille de route axée sur l’ambition, l’efficacité et la solidarité. Ce triptyque guide les candidatures ciblées du royaume, en lien avec les mutations géopolitiques, environnementales et technologiques mondiales.
La diplomatie économique, portée par un réseau d’ambassades réorienté vers la veille sectorielle, vient compléter l’offensive normative. Rabat veut être force de proposition, mais aussi pôle capable de fédérer les États africains et arabes autour de positions de compromis.
Pluie de présidences et vice-présidences
En 2025, le Maroc a décroché plus de cinquante responsabilités au sein d’instances couvrant paix, sécurité, développement durable, numérique ou encore culture. Aucune autre capitale africaine n’affiche un tel ratio de succès sur la même période, selon des sources onusiennes.
La présidence du Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique illustre cette nouvelle stature. Elle s’ajoute à la tête du Conseil de la Société internationale de l’énergie nucléaire.
Le Maroc dirige également l’Institut de l’UNESCO pour l’apprentissage tout au long de la vie et occupe la première vice-présidence de l’Organisation maritime internationale, tout en conservant son siège au Conseil de l’agence londonienne.
Renouvellements qui confirment la confiance
Au-delà des nouveaux mandats, Rabat a obtenu le renouvellement de sièges clés, notamment au Conseil de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et à l’Union postale universelle. Cette constance rassure les partenaires sur la capacité marocaine à gérer des portefeuilles complexes dans la durée.
L’expertise juridique et technique des diplomates est souvent citée pour expliquer ces succès. « Le royaume arrive avec des dossiers rédigés, des coalitions déjà constituées et un sens du compromis appréciable », confie un responsable africain du Conseil des droits de l’homme.
Focus sur la sécurité et l’intégrité publiques
En assumant la présidence du Réseau international des autorités de prévention de la corruption, le Maroc expose son modèle de gouvernance, articulé autour de la traçabilité des flux et de la numérisation des procédures. Le pays siège aussi au comité exécutif de l’Association internationale des autorités anticorruption.
Sur le volet judiciaire, l’élection d’un magistrat marocain à la vice-présidence de l’Association internationale des juges renforce ce message d’intégrité. La magistrature du royaume, engagée dans une réforme de modernisation, gagne ainsi une vitrine mondiale.
Positions africaines fédérées
Rabat ne cache pas son ambition de servir de trait d’union entre Afrique du Nord, Sahel et Bassin du Congo. À New York, la délégation marocaine a piloté la configuration République centrafricaine de la Commission de consolidation de la paix, assumant un rôle de passeur avec les capitales de la CEMAC.
Cette diplomatie de proximité trouve également un écho à Addis-Abeba, où le royaume a exercé la présidence tournante du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, plaidant pour des approches régionales de lutte contre le terrorisme et pour la redynamisation des corridors économiques transsahariens.
Cap sur les technologies émergentes
Conscient des ruptures que porte l’intelligence artificielle, le Maroc occupe la vice-présidence du groupe d’experts INTERPOL sur la cybercriminalité et co-anime un groupe de travail temporaire de l’OIAC sur l’IA. Dans les enceintes du G77, le royaume pousse pour un cadre éthique inclusif.
L’adhésion au comité exécutif de la Digital Cooperation Organization confirme cette orientation. Rabat y défend la réduction de la fracture numérique sur le continent et la construction d’infrastructures résilientes, un message reçu favorablement par plusieurs bailleurs multilatéraux.
Et après ? Les défis de la consolidation
Multiplier les mandats expose aussi à un risque de dispersion. Le ministère marocain doit renforcer ses équipes pour suivre simultanément des dossiers techniques allant de l’économie circulaire à la sécurité maritime. Un exercice budgétaire et humain que Rabat dit assumer pleinement.
Sur la scène africaine, l’un des enjeux consistera à transformer ces postes en résultats concrets pour les populations, en matière de résilience alimentaire, d’accès à l’eau ou de lutte contre la corruption. Le succès diplomatique doit devenir un dividende socio-économique partagé.
Dans l’immédiat, les observateurs scruteront la présidence marocaine de la Conférence sur la zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient. La capacité de Rabat à rapprocher positions israélienne, arabe et iranienne servira de test pour ce nouveau statut de médiateur global.
À l’heure où l’Afrique cherche à peser davantage dans la gouvernance mondiale, l’expérience marocaine offre un cas d’école. Reste à démontrer que cette accumulation de leviers peut se traduire en politiques publiques régionales, au bénéfice du continent et de ses citoyens, et, plus largement, du système multilatéral en mutation.
