Ce qu’il faut retenir
Le tirage au sort de la prochaine Coupe du monde, première à 48 sélections, a placé huit représentants africains face à des défis exaltants, du Maroc logé avec le Brésil jusqu’à l’Égypte opposée à la Belgique. Les ambitions du continent s’affirment.
Dans la zone CEMAC, si aucune équipe n’a validé son ticket cette fois-ci, le tirage nourrit déjà débats sur l’avenir des Diables rouges du Congo-Brazzaville ou des Fauves centrafricains, engagés dans les éliminatoires 2030, et sur l’impact économique d’une vitrine planétaire.
Tirage à 48 équipes, un nouveau terrain de jeu
L’édition 2026, coorganisée par les États-Unis, le Mexique et le Canada du 11 juin au 19 juillet, adopte douze poules de quatre. Les deux premiers et les huit meilleurs troisièmes fileront en seizièmes, allongeant la compétition à 104 matches et redistribuant les cartes tactiques.
Le Groupe A réédite l’affiche inaugurale de 2010 entre le Mexique et l’Afrique du Sud, tandis que le Canada croisera la Suisse, le Qatar et un barragiste européen. Les favoris brésiliens retrouveront le Maroc, Haïti et l’Écosse, promettant des tribunes bigarrées des deux côtés.
L’Allemagne croisera la Côte d’Ivoire, Curaçao et l’Équateur dans le Groupe E. En F, la Tunisie défiera les Pays-Bas, le Japon et un barragiste européen. Égyptiens et Belges se retrouveront dans le G, accompagnés de l’Iran et de la Nouvelle-Zélande.
Sénégalais et Français se jaugeront dans le Groupe I, alors que l’Algérie croisera l’Argentine et l’Autriche. Le Cap-Vert affrontera l’Espagne et l’Arabie saoudite, tandis que le Ghana tentera un coup face à l’Angleterre et la Croatie. Autant de rendez-vous chargés de symboles.
Les ambitions africaines après l’épopée marocaine
En 2022, la chevauchée des Lions de l’Atlas jusqu’aux demi-finales a bouleversé l’imaginaire collectif. « Nous avons prouvé que le fossé n’est plus technique mais mental », rappelle l’analyste béninois Gilles Bocco. Cette conviction irrigue désormais les vestiaires de Dakar à Abidjan.
Le Sénégal, auréolé de la CAN 2021, vise les quarts dans un groupe partagé avec la France, la Norvège et un barragiste intercontinental. La Côte d’Ivoire s’appuiera sur son armada offensive contre l’Allemagne, tandis que l’Algérie rêve d’un coup face à Messi.
L’Afrique du Sud, de retour après douze ans d’absence, ouvrira le bal contre le Mexique devant 80 000 spectateurs au stade Azteca. Le sélectionneur Hugo Broos veut « faire mieux que le premier tour ». L’enjeu dépasse le sportif : séduire investisseurs et sponsors locaux.
L’Égypte compte sur Mohamed Salah, dont le duel annoncé avec Kevin De Bruyne alimente déjà les réseaux. Pour le Cap-Vert, qualifié pour la première fois, la participation représente une vitrine inouïe. « Nous voulons marquer au moins un but historique », sourit le capitaine Ryan Mendes.
Focus centre-africain : quel souffle pour la sous-région ?
Si le Congo-Brazzaville a manqué le wagon, la Fédération investit dans la détection des talents, appuyée par un partenariat avec l’Académie Jean-Marc Adjovi-Bocco. L’objectif est clair : disputer la CAN 2029 à domicile puis viser la prochaine Coupe du monde élargie de 2030.
Dans la capitale, le complexe de Kintélé poursuit sa modernisation : pelouse hybride, panneaux solaires et connexions 5G devraient être livrés en 2025. Le ministère des Sports voit dans ces chantiers une manière d’aligner le développement urbain et la diplomatie sportive chère au président.
Au-delà des infrastructures, la sous-région table sur la libre circulation CEMAC pour accélérer les championnats unifiés et réduire les coûts logistiques. Des discussions sont en cours avec la Banque de développement des États d’Afrique centrale pour un fonds dédié aux clubs afin de professionnaliser la gouvernance.
L’impact touristique est aussi scruté. Selon l’Observatoire économique de Brazzaville, chaque qualification d’un voisin augmente de 3 % le flux de visiteurs sous-régionaux. Hôtels, compagnies aériennes et startups de billeterie anticipent déjà 2026 pour vendre des packages reliant Pointe-Noire à Atlanta ou Vancouver.
Scénarios possibles et après ?
Le calendrier, étiré sur 39 jours, pourrait servir les sélections africaines habituées aux climats chauds. L’entrée en lice tardive de certaines têtes de série leur offrira plus de récupération. Les analystes de Stats Perform tablent sur deux équipes africaines en quarts, un record potentiel.
Sur le plan géopolitique, la Coupe sera l’une des premières grandes scènes après la mise en œuvre de la Zone de libre-échange africaine. Les dirigeants comptent l’exploiter pour promouvoir le passeport africain et attirer les chaînes américaines vers les championnats locaux actuellement sous-cotés.
Rendez-vous est donc pris pour l’été 2026. Quatre continents, trois pays hôtes et huit équipes africaines plus ambitieuses que jamais composent une affiche unique. Entre compétitivité sportive, diplomatie et opportunités d’affaires, le tournoi pourrait bien devenir un accélérateur de projets panafricains durables.
Les diffuseurs africains négocient déjà des sous-licences pour garantir une couverture en clair, enjeu stratégique pour maintenir l’engouement populaire. Le groupe congolais Télé-Congo espère acquérir certains lots, capitalisant sur son nouveau studio HD inauguré en août avec le soutien de partenaires brésiliens.
