Ce qu’il faut retenir
Le lancement, le 10 décembre 2025, du chantier du port fluvial de Mongoumba, financé à 168 milliards FCFA par la BAD, ouvre une seconde artère d’approvisionnement pour la Centrafrique. Bangui vise à fluidifier le commerce vers la RDC et le Congo-Brazzaville, tout en réduisant les coûts logistiques.
Mongoumba, nœud fluvial oublié
Posée sur la rive de l’Oubangui, Mongoumba a longtemps servi de carrefour naturel entre trois capitales fluviales : Bangui, Mbandaka et Brazzaville. Le port existant, malmené par le temps et l’enclavement, s’était progressivement enlisé, laissant place à un trafic informel difficile à contrôler.
En 2021, une autorité locale décrivait un contrôle « d’un seul bateau sur dix » entre Bétou et Bangui, faute de moyens de poursuite (Oubangui Médias, décembre 2021). Cette porosité alimentait la contrebande de carburant, de bois et de marchandises, privant l’État de recettes indispensables.
Un investissement BAD de 168 milliards FCFA
Le groupe de la Banque africaine de développement voit dans Mongoumba la pièce manquante d’un puzzle logistique régional. Son enveloppe de 300 millions USD finance le quai, les entrepôts, un terminal passagers et des équipements de sûreté, gage d’un port conforme aux standards internationaux annoncés par la BAD.
Pour Faustin Archange Touadéra, « la modernisation du transport fluvial est vitale pour un pays enclavé ». Le président a salué le partenariat BAD-RCA, soulignant que l’infrastructure créera des emplois et stimulera le secteur privé national, appelé à gérer les services de manutention et de logistique.
Relier Bangui aux deux Congo
Le port doit offrir une seconde voie de ravitaillement, complémentaire à l’axe routier Bangui-Brazzaville, souvent ralenti par l’état des chaussées ou des incidents de sécurité. En période de pluies, les barges pourront transporter des volumes que les camions ne supportent pas, assurant une continuité d’approvisionnement.
La connexion fluviale devrait également favoriser les exportations de produits agricoles centrafricains vers les marchés des deux Congo, tandis que les importations de matériaux de construction ou de produits pétroliers gagneront en rapidité. Les chambres de commerce locales y voient une opportunité de baisse des prix à la consommation.
Contrebande et sécurité sur le fleuve
Pour inverser la tendance à la contrebande, le futur port prévoit un système de suivi électronique des embarcations et un poste mixte douanes-gendarmerie. Les autorités affirment que la visibilité nouvelle dissuadera les transports non déclarés et réorientera les recettes vers le budget national.
Un responsable de la BAD, interrogé à Bangui, rappelle que la sécurité des couloirs fluviaux « conditionne la confiance des armateurs ». Des patrouilleurs légers pourraient être mis à disposition après accord avec les Forces armées centrafricaines pour garantir la libre circulation sur l’Oubangui.
Compétitivité et secteur privé
La réduction des délais de transit annoncée par la BAD doit se traduire par un coût global logistique en baisse. Les entreprises importatrices tablent déjà sur une diminution des frais de stockage à Douala et Pointe-Noire, faute de devoir détourner leurs flux durant la saison sèche.
Calendrier et prochaines étapes
Le calendrier prévisionnel table sur vingt-quatre mois de travaux, incluant dragage, construction des quais et formation du personnel. Le maître d’ouvrage public affirme que le premier test d’accostage de barges pourrait intervenir au second semestre 2027, si les crues suivent leur cours habituel.
Une unité de gestion du projet, placée auprès du ministère des Transports, assure le suivi environnemental et social conformément aux normes de la BAD. Les riverains seront consultés sur l’aménagement des berges afin de préserver les zones de pêche et les habitats, souligne le département.
Le point éco-juridique
Une ordonnance a déjà classé Mongoumba comme zone économique spéciale fluviale, offrant un régime douanier préférentiel aux opérateurs qui y investiront. Les juristes y voient un incitatif crédible, car l’exonération de TVA sur les équipements portuaires réduira le coût d’entrée pour les concessionnaires futurs.
Scénarios d’impact régional
Si le port atteint ses objectifs de flux, les experts de la sous-région estiment qu’il pourrait drainer une partie du trafic actuellement orienté vers Matadi ou Pointe-Noire. Cette redistribution profiterait aux économies des trois pays, sans concurrencer frontalement les grands hubs maritimes atlantiques.
Atouts pour l’intégration CEMAC
Le projet s’inscrit dans la vision d’intégration physique portée par la CEMAC. En reliant Bangui à Brazzaville par l’Oubangui et le fleuve Congo, la plateforme créera des synergies avec les initiatives de passeports logistiques et de marché commun, longtemps entravées par le déficit d’infrastructures.
Perspectives de financement complémentaire
Selon un cadre du ministère du Plan, la mobilisation d’investisseurs privés pour la zone arrière-portuaire sera discutée lors d’un prochain forum à Douala. Des facilités de crédit de la Banque de développement des États d’Afrique centrale pourraient compléter le financement de parcs à conteneurs et de chantiers navals légers.
Et après ?
À Mongoumba, les commerçants guettent surtout les retombées concrètes : baisse des coûts de fret, création d’emplois et nouvelles liaisons passagers. La BAD et Bangui misent sur un effet catalyseur qui, au-delà du fleuve, ouvrira la voie à un corridor multimodal durable.
