Affaire Xi Tsiang : points clés
Le corps mutilé de Raviet Celvic Ntsiantsié, alias Xi Tsiang, a été découvert le 23 décembre 2025 au cimetière privé La Grâce, quatre jours après sa disparition. L’émotion est vive, l’affaire suscite une onde de choc à Brazzaville et dans toute la jeunesse politique.
Ce qu’il faut retenir: l’ancien secrétaire à l’organisation de la Force montante congolaise dirigeait la mobilisation pour la marche de soutien au sixième congrès du Parti congolais du travail. Sa mort intervient dans un moment d’effervescence interne, alimentant interrogations, rumeurs et un intense débat citoyen sur les réseaux militants locaux.
Jeunesse politique en émoi à Mfilou
À Mfilou, septième arrondissement, camarades et voisins décrivent un jeune cheminot engagé, passé maître dans l’art de fédérer associations de quartiers autour de projets sociaux. « Il savait trouver les mots pour motiver », confie une militante de la FMC qui préfère garder l’anonymat, symbole pour sa génération.
L’assassinat ravive les souvenirs douloureux d’autres figures militantes tombées ces dernières années sur le continent. Toutefois, les leaders locaux appellent à la retenue. « La meilleure réponse est d’attendre les conclusions officielles », affirme le coordinateur de la cellule jeunesse, visiblement soucieux d’éviter toute escalade.
Chronologie d’une disparition inquiétante
Le samedi 20 décembre, Xi Tsiang quitte son domicile du quartier Ngambio vers la mi-journée. Comme souvent, il se dit pressé par des réunions de préparation logistique concernant la marche du lendemain. Son téléphone cesse de répondre en début de soirée, déclenchant une alerte familiale.
Dès le dimanche, affiches numériques, messages WhatsApp et appels radio circulent. La police, les pompiers et le service de sécurité du Chemin de fer Congo-Océan sont saisis. Des patrouilles ratissent trois arrondissements, sans résultat immédiat. L’hypothèse d’un accident est d’abord évoquée, puis rapidement écartée.
Mardi à l’aube, des riverains d’Itatolo remarquent un sac maculé près du portail sud du cimetière La Grâce. Les sapeurs-pompiers confirment la présence du corps et le transfèrent à la morgue municipale, en présence du maire de Brazzaville, Dieudonné Bantsimba, venu manifester son soutien.
Ouverture de l’enquête et réponse institutionnelle
Le procureur de la République a immédiatement ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire. La direction générale de la police nationale a constitué une cellule d’investigation mêlant enquêteurs criminels, spécialistes des télécoms et médecins légistes, avec l’appui technique du laboratoire central de la gendarmerie, mobilisée nuit et jour.
Dans un communiqué signé par Prince Bertrand Bahamboula, la FMC appelle les militants à « rester mobilisés dans le calme » et à faire confiance aux institutions. Du côté du PCT, le secrétariat permanent assure que « toute la lumière sera faite » afin de préserver l’honneur du parti.
Contexte sécuritaire et dynamique des partis
Les analystes rappellent que le Congo-Brazzaville a renforcé ces dernières années son arsenal juridique contre les violences politiques, notamment avec la loi de 2023 sur la protection des acteurs publics. Plusieurs formations y voient un cadre adéquat pour poursuivre sans délai les auteurs de crimes ciblés.
Dans les rangs de la jeunesse, l’affaire ravive aussi la question de la rivalité entre courants internes, un phénomène commun aux grands partis africains en période de congrès. Les observateurs soulignent toutefois le rôle stabilisateur joué par les autorités qui appellent toujours à la cohésion nationale.
Scénarios à suivre et après ?
Plusieurs scénarios sont désormais envisagés par les enquêteurs. Le crime pourrait relever d’un différend personnel, d’une rivalité syndicale au CFCO ou d’une tentative d’intimidation politique isolée. Des recoupements d’appels téléphoniques et d’images de vidéosurveillance devraient affiner l’hypothèse prioritaire dans les prochains jours, selon une source policière.
Au-delà de cette tragédie, la jeunesse congolaise interroge ses modes d’engagement. Plusieurs organisations proposent déjà des formations sur la médiation de conflits et la citoyenneté responsable. L’enquête, en cours, constituera sans doute un test pour l’efficacité des réformes sécuritaires et la confiance des populations.
Le point juridique sur la qualification des faits
Le Code pénal congolais punit l’assassinat de la réclusion criminelle à perpétuité, aggravée s’il est établi que l’acte vise un responsable public. Les avocats de la famille envisagent une constitution de partie civile afin de suivre, pas à pas, les auditions et expertises médico-légales, et de réclamer des dommages.
Pour Me Juvénal Ibara, spécialiste du droit pénal, la célérité de la procédure sera déterminante. « Aucun détail ne doit échapper aux juges d’instruction, car la société attend un signal fort ». Il souligne que l’indépendance de la justice est la meilleure garantie solide contre la suspicion.
Mémoire collective et devoir de vigilance
Dans les rues de Brazzaville, des veillées silencieuses se succèdent, bougies à la main, rappelant que la capitale a déjà pleuré des disparitions restées inexpliquées par le passé. Les organisations de défense des droits humains saluent l’engagement des autorités à empêcher que ce dossier ne s’enlise.
Si l’enquête aboutit, elle pourrait servir de cas d’école pour la sous-région d’Afrique centrale, régulièrement confrontée à des violences politiques. D’ici là, la société civile insiste sur la vigilance citoyenne, la vérification des informations partagées en ligne et la primauté de la présomption d’innocence.
