Ce qu’il faut retenir
Ce qu’il faut retenir de l’affaire Dimba tient en trois points : la militarisation persistante du jeu politique centrafricain, le poids des réseaux transfrontaliers et la capacité des institutions à filtrer ou non les candidatures contestées, à la veille d’élections décisives.
Contexte électoral en Bimbo 4
Bimbo 4, commune périurbaine de Bangui, concentre jeunesse, ex-déplacés et nouveaux arrivants attirés par la périphérie. Le siège de député promet de peser sur la répartition de fonds publics et l’accès aux services, ce qui aiguise les convoitises partisanes.
Depuis l’ouverture des dépôts de candidature, la Commission électorale centrafricaine affiche sa volonté de professionnaliser les contrôles. Pourtant, l’apparition de Marius Dimba dans la liste provisoire a surpris plusieurs observateurs, soulevant des questions sur la vérification des pièces, notamment le diplôme présenté.
Portrait contrasté de Marius Dimba
Originaire de la communauté Banyamulengué en République démocratique du Congo, Dimba s’était illustré au début des années 2000 dans les rangs du Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba, appelé en renfort par le président centrafricain Ange Félix Patassé.
Capturé lors de la chute de Bangui aux mains de François Bozizé, il échappa à la vindicte grâce à son savoir-faire de chauffeur de blindé. Reconverti, il s’installa en périphérie et lia connaissance avec des officiers bientôt proches de Faustin-Archange Touadéra.
De chauffeur à relais de renseignement
Durant la transition politique des années 2010, Dimba devient, selon des témoignages sécuritaires, un indicateur informel rémunéré. Sa connaissance des axes routiers et des clivages militaires lui procure une valeur stratégique pour plusieurs services, du Mouvement des Cœurs Unis aux unités chargées de la protection présidentielle.
L’intéressé nie toute activité de délation, affirmant n’avoir livré que de simples informations commerciales. Pour autant, plusieurs cadres du MCU reconnaissent en privé l’avoir consulté pour cartographier les forces locales, preuve de l’ambiguïté entourant son rôle, à la frontière du civil et du sécuritaire.
Mystique, pouvoir et ambition
Au-delà du renseignement, Dimba capitalise sur un capital symbolique forgé dans les pratiques ésotériques. Des voyages répétés vers Goma ou Brazzaville lui permettent, dit-on, de rapporter des artefacts protecteurs qu’il propose à des personnalités cherchant fortune ou invulnérabilité avant les rendez-vous électoraux.
Les autorités congolaises de Brazzaville, régulièrement sollicitées pour faciliter les trajets de marchandises légales, rappellent que tout passage frontalier reste soumis aux contrôles douaniers. Les services centrafricains, eux, admettent leur difficulté à traquer des objets qui relèvent plus du symbolique que de l’illégal.
Nationalité et légalité de la candidature
Au sein du Conseil constitutionnel, la question de la nationalité centrafricaine s’apprécie à travers l’acte de naissance, la résidence et l’engagement civique. Dimba présente un extrait issu de la mairie de Bégoua, document authentifié par l’officier d’état civil, mais contesté par des adversaires.
Ces derniers brandissent un diplôme de baccalauréat supposé faux pour étayer une fraude plus vaste. La Commission, tout en promettant un audit, rappelle qu’en droit centrafricain l’éligibilité d’un député n’exige pas nécessairement la détention du précieux sésame scolaire, nuance souvent occultée.
Réactions politiques et diplomatiques
A Bangui, l’opposition pointe un risque de précédents, redoutant l’entrée croissante d’acteurs étrangers dans la vie parlementaire. Au gouvernement, l’argument dominant souligne la nécessité d’une représentation inclusive pour pacifier les zones périphériques encore marquées par les groupes armés.
Dans la sous-région, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale suit l’évolution du dossier, consciente que la mobilité des ex-combattants nourrit les tensions transfrontalières. Brazzaville, hôte régulier de médiations, appelle à respecter la souveraineté de Bangui tout en encourageant la transparence.
Scénarios pour le MCU et l’Assemblée
Si Dimba maintient sa candidature hors primaire, deux issues se dessinent : l’accord amiable avec le MCU, synonyme de ralliement, ou la confrontation dans les urnes avec le titulaire investi. La première hypothèse préserverait l’image d’un parti soudé, la seconde l’exposerait.
Sur les bancs de l’Assemblée, l’arrivée d’un élu issu de l’ex-rébellion congolaise ferait jurisprudence. Certains analystes y voient une normalisation des itinéraires combattants dans la politique africaine, d’autres redoutent une banalisation de la violence, signaux divergents mais révélateurs.
Et après ? Les enjeux institutionnels
Le gouvernement promet de renforcer le registre d’état civil et la base de données des diplômes, avec l’appui technique de partenaires tels que l’Agence française de développement. L’objectif est de fermer la porte aux controverses tout en fluidifiant l’accès des citoyens aux processus.
À moyen terme, la Centrafrique table sur la réforme du code de la nationalité, lancée en consultation publique. Plusieurs organisations de la société civile souhaitent un cadre plus clair, afin d’éviter que les griefs identitaires ne se transforment en arguments électoralistes.
Les partenaires internationaux estiment enfin que la consolidation de la paix passera par l’inclusion économique. Des projets de corridors routiers vers le Congo-Brazzaville pourraient favoriser la main-d’œuvre mixte et réduire la tentation des armes. Encore faut-il que la politique suive cette logique d’interdépendance.
Le point juridique rappelle que toute contestation doit être portée devant la Cour constitutionnelle dans les huit jours suivant la publication des listes définitives. Passé ce délai, seul un recours après proclamation des résultats pourra conduire à l’annulation partielle du scrutin.
