Ce qu’il faut retenir sur la crise PNDS
Depuis l’appel lancé le 2 janvier à Dakar pour demander la libération de Mohamed Bazoum, le PNDS est traversé par une confrontation publique entre partisans de Bazoum et proches de Mahamadou Issoufou. Les échanges, surtout sur les réseaux sociaux, ont pris une virulence inhabituelle.
Le texte, signé par environ six mille personnes selon ses promoteurs, vise la libération de l’ancien président, détenu avec son épouse Hadiza dans une aile du palais présidentiel. Il a aussi déclenché une controverse autour du rôle attribué à Issoufou dans les événements du 26 juillet 2023.
Appel de Dakar : un réseau international mis en vitrine
Les organisateurs indiquent que tous les noms ne sont pas publiés, mais la liste rendue visible rassemble des responsables politiques et universitaires. On remarque une forte présence de personnalités françaises et sénégalaises, ainsi que des figures africaines issues de plusieurs pays.
Figurent notamment François Hollande, Laurent Fabius, Bernard Cazeneuve et Manuel Valls, ainsi que des responsables socialistes. Côté africain, des noms connus apparaissent, dont Cellou Dalein Diallo, Moussa Faki, Saleh Kebzabo, Martin Ziguelé ou Pascal Affi N’guessan (selon le collectif).
Dans le récit des signataires, cette diversité reflète le carnet d’adresses de Mohamed Bazoum, construit avant son accession au pouvoir, à travers des études et des engagements syndicaux et politiques. Pour ses soutiens, l’objectif affiché reste strictement humanitaire et politique : sa libération.
Le point diplomatique : signatures françaises, effet boomerang ?
Au Niger, l’exposition d’appuis français est décrite par certains commentateurs comme un argument à double tranchant. Mohamed Bazoum a déjà été critiqué pour une proximité supposée avec Emmanuel Macron, et l’image du président français reste dégradée dans une partie de l’opinion.
Le texte évoque aussi des pressions et menaces qui auraient, selon ses détracteurs, durci la crise après le coup d’État du 26 juillet 2023. Dans ce contexte, l’internationalisation de la cause Bazoum peut fédérer à l’extérieur, tout en crispant des débats intérieurs.
Mahamadou Issoufou mis en cause, puis défendu
Ce qui a particulièrement irrité Mahamadou Issoufou, selon le même récit, n’est pas seulement la mobilisation en faveur de son ancien dauphin, devenu adversaire. C’est surtout la demande adressée à la Fondation Mo Ibrahim de retirer provisoirement le prix attribué à Issoufou en 2020.
Le collectif affirme qu’Issoufou est « fortement soupçonné » d’avoir joué un rôle dans le coup d’État contre Bazoum. Issoufou aurait alors contacté des personnalités qu’il connaît pour exprimer son indignation, ce qui a entraîné des clarifications publiques.
Cellou Dalein Diallo écrit ne pas disposer d’informations sûres établissant la responsabilité d’Issoufou. François Hollande, selon des proches d’Issoufou cités dans l’article source, insiste sur un seul enjeu : la libération de Mohamed Bazoum, et refuse que son engagement serve d’autres objectifs.
Communiqué de la Fondation Issoufou : ligne de défense
Dès le 3 janvier, un communiqué attribué au « cabinet du président Issoufou » via sa Fondation salue l’appel à la libération de Mohamed Bazoum, tout en rejetant des accusations jugées sans preuves. Le texte dénonce un « narratif fallacieux » et des mises en cause « mensongères ».
Le communiqué renvoie aussi à des « causes profondes » des événements du 26 juillet 2023 et, plus largement, à la récurrence des coups d’État depuis l’indépendance. Cette formulation vise à déplacer le débat du registre personnel vers celui des dynamiques politiques nationales.
Signataires nigériens : exil, détentions, fidélités anciennes
Parmi les Nigériens cités comme signataires figurent d’anciens ministres et collaborateurs de Mohamed Bazoum, dont plusieurs vivaient déjà à l’extérieur du pays lors du coup d’État et sont restés en exil. Sont mentionnés Mahamadou Ouhoumoudou, Hassoumi Massoudou, Rhissa Ag Boula et Aïchatou Boulama Kané.
D’autres anciens ministres et conseillers restés au Niger, dont certains ont été emprisonnés plusieurs mois après le coup d’État, sont également cités : Alambedji Abba Issa, Rabiou Daouda, Aminata Zoukaleini Allahoury, Alkache Alhada, Kalla Moutari et Dardaou Zanaidou.
Le fil conducteur est politique : beaucoup, sauf exception signalée, ont appartenu par le passé au premier cercle d’Issoufou. La fracture actuelle met donc en scène une élite issue d’une même matrice partisane, désormais divisée sur la lecture des événements et les stratégies à suivre.
Deux récits sur le 26 juillet 2023 : bataille d’interprétations
La campagne pour la libération de Bazoum a servi de catalyseur. Deux récits se font face : l’un accuse Issoufou d’avoir favorisé le coup d’État pour empêcher un second mandat de Bazoum et préparer un retour politique, l’autre décrit Issoufou comme contraint, prudent, et aux marges de manœuvre limitées.
Des anciens membres en exil de la cellule communication de Bazoum diffusent un texte présenté comme un « réquisitoire » contre Issoufou. Ils évoquent une stratégie supposée, articulée autour d’une transition courte, d’un scrutin « verrouillé » et de la figure du général Abdourahmane Tiani.
À l’inverse, des auteurs favorables à Issoufou défendent l’idée d’une conjoncture complexe. Kadri Bodo, relayé par un porte-voix décrit comme proche d’Issoufou, écrit que le coup d’État ne peut être réduit à un seul individu et renvoie à des responsabilités partagées.
Contexte : soupçons nourris par un « traitement de faveur »
Les accusations contre Issoufou s’appuient aussi sur des éléments perçus comme des signes de bienveillance des autorités actuelles à son égard : sécurité officielle, accès au salon d’honneur de l’aéroport, liberté de mouvement, maintien dans une villa liée à la présidence, selon des témoignages et photographies évoqués.
Les proches de Mohamed Bazoum lui reprochent aussi une absence de gestes publics envers la famille du couple détenu. Dans leurs commentaires, cette réserve ne s’explique que par la crainte des militaires ou par des raisons personnelles, hypothèses qui circulent sans être tranchées.
Bataille d’insultes en ligne : le PNDS exposé à nu
Sur les réseaux sociaux, le conflit s’exprime par invectives et procès d’intention. Les partisans de Bazoum dénoncent ce qu’ils présentent comme une communication orchestrée en faveur d’Issoufou. Les soutiens d’Issoufou répliquent par une rhétorique de défense de sa « trajectoire » et de sa « vision d’État ».
Le débat ravive aussi un bilan controversé de la période 2011-2023, évoqué dans les commentaires : fraude électorale, montée du terrorisme, relation aux forces armées. Des internautes se répondent par citations agressives, ce qui transforme une querelle de leadership en crise de confiance plus large.
Scénarios : recomposition, blocage ou apaisement
Un scénario est celui d’une recomposition durable, avec des réseaux Bazoumistes structurés depuis l’extérieur et un camp Issoufou cherchant à préserver une légitimité interne. Un autre scénario est l’enlisement, la polarisation numérique tenant lieu de politique, sans effets concrets sur la situation de Bazoum.
Un troisième scénario, plus recherché par certains signataires, est l’apaisement par une mesure de clémence et un dialogue. Alioune Tine plaide pour un geste qui ouvrirait un espace de discussion, en rappelant que la sécurité ne se règle pas seulement par les armes, mais aussi par un dialogue global.
Le point juridique : détention et légitimité contestée
Dans les prises de position citées, la détention de Mohamed Bazoum est qualifiée d’« illégitime » par François Hollande. Les termes relèvent d’un débat de légitimité constitutionnelle et de reconnaissance politique, que le collectif cherche à porter devant des acteurs internationaux comme l’ONU, l’UA, l’UE ou la CEDEAO.
Au plan interne, l’affrontement révèle une question sensible : qui peut parler au nom du PNDS, et avec quelle légitimité, après le basculement du 26 juillet 2023. L’absence de cadre consensuel alimente la judiciarisation symbolique et la guerre des récits.
Cartes & graphiques : ce que les données racontent
Graphique suggéré : répartition des signataires par pays et par profils (politiques, universitaires, société civile), sur la base des noms explicitement cités par le collectif, en distinguant les listes rendues publiques des signatures non publiées (source : appel du collectif, tel que relayé).
Carte suggérée : géographie des personnalités africaines citées comme signataires, de Dakar à Niamey, pour visualiser l’arc ouest-africain et les relais au-delà, notamment en Europe (source : article d’origine et liste des signataires mentionnés).
Et après ? Une épreuve de cohésion nationale
Au-delà des deux hommes, l’épisode expose une crise fratricide qui traverse une ancienne force dominante. Même des proches des autorités actuelles, selon le récit, s’inquiètent des risques pour la cohésion nationale, tant la dispute déborde du parti vers la société politique.
Dans ce climat, l’appel à la libération de Mohamed Bazoum agit comme un test. Il mesure la capacité des acteurs à dissocier l’enjeu humanitaire, les rivalités d’héritage et la recherche d’un cadre de dialogue, sans laisser la surenchère numérique dicter l’agenda (source : texte fourni).
