Ce qu’il faut retenir
Brazzaville et l’Organisation mondiale de la santé viennent de dévoiler la nouvelle stratégie de coopération 2025-2028, plaçant l’accès universel aux soins et la résilience du système congolais au cœur de l’agenda sanitaire national et régional.
Le document, aligné sur le PND 2018-2030 et le plan sanitaire 2023-2026, fixe quatre priorités: infrastructures, qualité des soins, prévention renforcée et consolidation des ressources humaines, financières et matérielles, publiques comme privées.
Contexte sanitaire et défis
Si des avancées notables ont été enregistrées depuis dix ans, la charge persistante des maladies transmissibles et non transmissibles rappelle l’ampleur des défis, dans un pays où la croissance démographique exerce une pression continue sur le réseau de santé.
La pandémie de Covid-19 a, en outre, mis en lumière la nécessité d’une surveillance épidémiologique agile, d’unités de réanimation modernes et de chaînes d’approvisionnement pharmaceutique capables de résister aux ruptures internationales.
Le ministre Jean-Rosaire Ibara reconnaît que la situation reste «préoccupante» malgré les efforts consentis pour les infrastructures et les ressources humaines, justifiant ainsi l’urgence d’une coopération resserrée avec les partenaires techniques et financiers.
Parallèlement, le pays a vu se multiplier les initiatives de télémédecine, soutenues par la 4G nationale et les start-ups locales, ouvrant la voie à un suivi à distance des maladies chroniques dans les zones enclavées.
Quatre axes prioritaires 2025-2028
Premier axe, la modernisation des plateaux techniques prévoit la réhabilitation d’hôpitaux régionaux et la construction de centres spécialisés, afin de réduire les évacuations sanitaires coûteuses vers l’étranger.
Deuxième priorité, la qualité des soins mise sur des protocoles harmonisés, une digitalisation du dossier patient et des audits réguliers, soutenus par des formations continues accréditées par l’OMS.
Troisième et quatrième axes combinent l’intensification de la prévention, notamment vaccinale et nutritionnelle, et la consolidation durable des financements, grâce à un panier de ressources domestiques et d’appuis multilatéraux calibrés sur des indicateurs de performance.
Un accent particulier sera mis sur les outils numériques de surveillance communautaire, permettant de détecter précocement les flambées et d’orienter les équipes mobiles vers les foyers à risque.
Processus participatif et gouvernance
La stratégie a été co-écrite lors d’ateliers associant directions centrales, sociétés savantes, société civile, secteur privé et partenaires internationaux, sous la coordination technique du bureau de l’OMS à Brazzaville.
Selon le docteur Vincent Dossou Sodjinou, ce processus a permis «une planification axée sur l’impact» et la prise en compte des réalités de chaque département sanitaire, de la Likouala au Kouilou.
Un comité de pilotage tripartite, placé sous l’égide du Premier ministre, suivra trimestriellement les progrès, tandis qu’un tableau de bord public offrira aux citoyens une visibilité inédite sur les dépenses et les résultats.
La présence, lors du lancement, du ministre de la Défense Charles Richard Mondjo confirme l’approche interministérielle, l’armée devant garantir la logistique en cas de flambées épidémiques ou de catastrophes naturelles.
Le point économique
Le coût total du programme, estimé à 420 millions de dollars sur quatre ans, sera couvert à hauteur de 60 % par le budget national, le reste provenant de partenaires tels que la Banque mondiale, l’AFD et le Fonds mondial.
Le ministère des Finances a déjà inscrit une ligne dédiée dans la loi de finances 2026, garantissant la prévisibilité des décaissements et rassurant investisseurs et fournisseurs.
Les analystes voient dans cet effort budgétaire la traduction concrète des orientations du président Denis Sassou Nguesso en matière de capital humain, vecteur indispensable de la diversification économique recherchée.
Scénarios de mise en œuvre
Le scénario optimiste table sur une couverture santé universelle étendue à 70 % de la population d’ici à 2028, contre 45 % actuellement, grâce au déploiement de la mutuelle nationale et des centres de santé communautaires.
Le scénario médian envisage des progrès plus graduels, freinés par la volatilité des cours du pétrole qui demeure la principale source de recettes publiques, alors que la diversification économique poursuit son implantation.
Un scénario de risque, enfin, anticipe des chocs climatiques extrêmes susceptibles de déplacer des populations et de saturer les structures d’accueil, d’où l’intégration d’un volet adaptation climat dans le plan de préparation.
La jeunesse, qui représente plus de 60 % de la population, sera mobilisée comme relais communautaire pour la sensibilisation, la collecte de données et l’innovation frugale, notamment par le biais des clubs santé scolaire.
Et après ?
Les premiers indicateurs seront publiés dès juin 2026, avec un focus sur la mortalité maternelle et infantile, la disponibilité des médicaments essentiels et la satisfaction des usagers.
Pour le docteur Chikwé Ihekweazu, cette stratégie peut faire du Congo «un laboratoire régional de bonnes pratiques», à condition de maintenir la dynamique partenariale et un financement stable tout au long du cycle.
À l’horizon 2030, les autorités visent une espérance de vie moyenne de 68 ans, soit un gain de quatre ans par rapport à 2022, ambition jugée réaliste par les experts de l’OMS au regard des investissements annoncés.
