Ce qu’il faut retenir
Réunis à Pointe-Noire les 9 et 10 octobre, une quarantaine d’acteurs de la société civile, chercheurs et journalistes d’Afrique centrale ont posé les bases d’un réseau destiné à sécuriser les défenseurs de l’environnement, à l’initiative de Global Participe et du programme international Lead.
Les participants ont identifié les menaces, rédigé un premier plan d’action et appelé les États, dont le Congo, à reconnaître clairement le rôle stratégique de ces sentinelles climatiques, sans qui aucun agenda de développement durable ne peut aboutir.
Contexte : les nouveaux réseaux d’activistes environnementaux
Depuis la COP26, la défense des écosystèmes du bassin du Congo occupe le devant de la scène internationale, mais sur le terrain, militants et communautés subissent encore intimidations et pressions, rappellent les études d’International Global Witness.
Au Congo-Brazzaville, la dynamique associative reste pourtant vive : plus de 120 organisations locales mènent des actions de sensibilisation, de reboisement ou de reporting forestier participatif, selon le recensement réalisé par Yvan Kibangou Ngoy, directeur exécutif de Global Participe.
La rencontre de Pointe-Noire répond donc à un double besoin : mutualiser les expertises juridiques et numériques pour documenter les atteintes, et porter une voix unifiée dans les enceintes multilatérales où se décident les financements climat.
Cartographier les menaces au Congo et en Afrique centrale
Les échanges ont révélé des motifs récurrents d’insécurité : conflits fonciers non résolus, manque d’accès à l’information environnementale, multiplication des permis d’exploitation sans consultations préalables, et faiblesse des mécanismes de recours pour les populations riveraines.
Les délégués d’Angola, du Gabon ou du Tchad ont partagé des témoignages similaires, décrivant des menaces de poursuite pour diffamation, des arrestations ponctuelles, ou encore des pressions économiques visant les ONG locales.
À Brazzaville comme à Bangui, le rétrécissement de l’espace civique s’exprime surtout par la difficulté d’obtenir des agréments, soulignent les participants, qui demandent la simplification des procédures d’enregistrement et une meilleure formation des agents publics.
Vers une plateforme sous-régionale reconnue
Pour passer de la parole à l’action, le réseau Lead propose la création d’une plateforme numérique sécurisée hébergée au Congo, capable de collecter des alertes en temps réel et de fournir un appui juridique grâce à un pool d’avocats partenaires.
Les membres souhaitent également obtenir, d’ici la prochaine COP, une reconnaissance formelle de cette cellule sous-régionale par la CEEAC, afin de faciliter l’accréditation des défenseurs auprès des forums internationaux et d’accroître leur accès aux mécanismes de financement vert.
Interrogé en marge de l’atelier, Yvan Kibangou Ngoy explique : « Nous ne voulons pas substituer l’État, mais créer un pont entre autorités, entreprises et citoyens pour sécuriser ceux qui veillent sur nos forêts ».
Le point juridique et économique
Au plan légal, le Congo dispose déjà de dispositions ambitieuses, notamment la loi de 2020 sur le Code forestier qui consacre le consentement libre et éclairé des communautés. Les participants proposent des arrêtés d’application clarifiant les protections accordées aux lanceurs d’alerte environnementaux.
Sur le volet économique, les experts estiment qu’une meilleure protection des défenseurs se traduit aussi par un climat d’investissement plus prévisible, capable d’attirer des projets bas carbone et de valoriser les crédits carbone issus des forêts congolaises.
La Banque mondiale chiffrait récemment à plus de 1,1 milliard de dollars les pertes annuelles dues à la dégradation forestière en Afrique centrale; sécuriser les lanceurs d’alerte permettrait, selon les intervenants, de réduire ces coûts et de soutenir la diversification de l’économie congolaise.
Et après ? Les pistes d’action
Une feuille de route en cinq étapes a été esquissée : finaliser la cartographie des risques, établir un mécanisme de réponse rapide, former les journalistes à la sécurité numérique, négocier un accord de siège pour la plateforme et mobiliser des fonds auprès de bailleurs régionaux.
Déjà, Global Participe annonce une série de webinaires bilingues à destination des acteurs ruraux afin de vulgariser les procédures de dénonciation des infractions environnementales et d’informer sur le statut des défenseurs, encore méconnu dans nombre de localités.
Les participants se donnent rendez-vous en mars prochain à Brazzaville pour entériner la gouvernance du réseau Lead. Ils espèrent aboutir à une alliance solide qui consolidera la position du bassin du Congo comme modèle d’équilibre entre conservation, développement économique et stabilité sociale.
