Ce qu’il faut retenir
Laurent Hospice Mabanza dévoile un second roman, polar de 150 pages, présenté à la Bibliothèque nationale du Congo. Porté par le personnage de Kemo, il explore résilience, zones obscures du pouvoir et mémoire des crises, tout en enrichissant la littérature congolaise francophone.
Un roman servi comme un thriller contemporain
Dès le prologue, la lagune Ebrié devient personnage, miroir d’une ville blessée qui danse malgré le sang. Kemo, adolescent rescapé de la crise post-électorale ivoirienne, se voit aspiré dans un réseau international où diplomatie et espionnage s’entremêlent.
Le récit file à toute vitesse, alternant Abidjan, Accra, Casablanca puis Genève. Actions simultanées, dialogues serrés, descriptions visuelles : Mabanza revendique une écriture « cinématographique » capable de tenir le lecteur en tension jusqu’au dernier chapitre.
Chapitres courts, titres évocateurs – La nuit des flammes, Les visages du sable et du verre – balisent une progression haletante. L’auteur parsème indices et retours sensoriels pour rappeler que le polar peut aussi être poésie lorsque l’odeur du cacao se mêle aux lacrymogènes.
Contexte: l’émergence du polar africain
Longtemps dominée par le roman social ou la fresque historique, la fiction d’Afrique francophone voit monter la veine noire. De Moussa Konaté au Camerounais Janis Otsiemi, le genre s’installe, porté par des lecteurs urbains en quête de nouvelles voix.
Avec Le bal des hyènes sur la lagune, le Congo-Brazzaville s’invite dans cette dynamique continentale. Le livre a bénéficié d’une mise en avant stratégique des éditions Mlh et du réseau des bibliothèques publiques, soulignant l’importance grandissante de la chaîne du livre nationale.
Scénarios: la jeunesse face aux hyènes du pouvoir
Kemo incarne la résilience d’une génération née dans la tourmente mais décidée à déjouer les pièges d’élites prédatrices. Son passage par des centres de formation régionaux illustre le rôle des capitales africaines comme hubs de compétences partagées au service de la stabilité.
Le roman explore les zones obscures où s’entrelacent finance offshore, lobbying spirituel et ambitions géostratégiques. En opposant hyènes en costume et jeunes éclaireurs, Mabanza ouvre un débat sur la gouvernance, sans condamner frontalement les institutions mais en questionnant les dérives individuelles.
Pour l’auteur, la mémoire des crises post-électorales constitue un matériau littéraire à part entière. Les traumatismes d’Abidjan dialoguent avec ceux de Brazzaville ou de Bangui, rappelant que la reconstruction psychique va souvent plus loin que les négociations politiques officielles.
Le point juridique/éco: les droits d’adaptation
Le bal des hyènes sur la lagune attire déjà des producteurs ivoiriens et congolais. Les négociations pour une mini-série anglophone mettraient en jeu un budget évalué à un million d’euros, selon l’agence Option Culture, confirmant l’attrait économique croissant du polar africain.
Côté droits d’auteur, les éditions Mlh annoncent un partage des recettes numériques à 50-50 avec l’écrivain, dispositif encore rare dans la région. L’initiative pourrait inspirer d’autres maisons, en phase avec l’Agenda 2030 pour la diversification économique.
Regards croisés: experts et lecteurs
Pour la critique littéraire Alice Ngoma, le roman « fait dialoguer poésie et angoisse dans un langage accessible, permettant au lectorat jeune de se reconnaître ». Elle y voit un outil pédagogique pour aborder sécurité, identité et citoyenneté dans les lycées.
Le sociologue ivoirien Gabriel Yao note que la figure du jeune détective africain contribue à dissiper l’imaginaire victimaire souvent collé aux crises du continent. « Kemo est maître de son destin, et ça change la narration », soutient-il lors du lancement à Brazzaville.
Dans la file de dédicaces, Nadège, étudiante en droit, confie avoir « dévoré le manuscrit en une nuit » grâce à la présence d’un vocabulaire simple et d’une trame qui « parle du quotidien et de l’espoir de toute une génération ».
Et après ? Quelle place pour le polar congolais
Mabanza annonce déjà un troisième opus autour d’un cybercartel opérant entre Pointe-Noire et Lagos. Il souhaite former, via des ateliers, une relève d’auteurs congolais capables de traiter contemporanéité, tension dramatique et enracinement culturel.
Le ministère de la Culture, par la voix de la directrice des lettres et du livre, promet un fonds d’aide à la création de 100 millions de francs CFA destiné aux genres hors scolaire. Une enveloppe qui pourrait catalyser l’émergence de nouvelles plumes policières.
Les libraires brazzavillois espèrent, eux, capitaliser sur la curiosité suscitée par le phénomène. Plusieurs envisagent des vitrines thématiques, tandis qu’une carte interactive des points de vente, développée avec un start-up studio local, sera mise en ligne pour accompagner le lectorat.
Une cartographie des lieux majeurs d’action du roman, accompagnée de données sur les flux migratoires régionaux, est également prévue dans la prochaine édition. Ce dispositif data-carto vise à prolonger l’expérience et à inscrire le livre dans l’écosystème numérique éducatif.
En somme, Le bal des hyènes sur la lagune confirme la vitalité d’une scène littéraire congolaise attentive aux défis de son temps et ouverte aux marchés internationaux, tout en restant ancrée dans un imaginaire puissant où la lagune, métaphore d’Afrique, reflète blessures et promesses.
