Ce qu’il faut retenir
De Brazzaville est sortie une feuille de route resserrée : amélioration de la surveillance, riposte éclair aux foyers et financement domestique accru. Ces priorités, arrêtées par la 35e réunion de la CRCA, visent l’ultime objectif continental, l’Afrique sans poliomyélite.
Le conclave a rassemblé experts et autorités sanitaires d’Angola, d’Éthiopie, du Sénégal, du Tchad et du Congo. Pendant quatre jours, ils ont confronté données épidémiologiques et expériences terrain avant d’adopter des recommandations spécifiques, validées par l’Organisation mondiale de la santé.
Contexte régional de la polio en Afrique
Sur le front régional, la vigilance reste de mise. Des flambées de poliovirus circulants frappent encore le bassin du lac Tchad et l’Angola, tandis que de nouvelles détections au nord de la Namibie rappellent la capacité du virus à traverser les frontières.
La présidente de la CRCA, la Pr Rose Gana Fomban Léké, a félicité les avancées notées en Afrique australe et dans la Corne de l’Afrique, tout en pointant la hausse modeste, mais réelle, de variants de types 1 et 3 signalés en 2025.
Focus sur la riposte congolaise
Pour le Congo, vingt cas ont été confirmés depuis 2023. Les autorités, soutenues par l’OMS, ont déjà redoublé de campagnes synchronisées dans les départements côtiers et forestiers, afin d’élever la couverture vaccinale au-delà du seuil critique des 95 %.
Le Dr Jean-Claude Moboussé, conseiller du ministre de la Santé, salue « une appropriation nationale grandissante ». Il rappelle que la vaccination reste gratuite dans tous les centres et que des équipes mobiles sont dépêchées près des sites accueillant des familles réfugiées venues de RDC.
La science de la surveillance
La surveillance environnementale progresse, grâce à vingt-quatre stations de prélèvement des eaux usées dans dix-huit localités. Selon le laboratoire de référence de Kinshasa, aucun spécimen positif n’a été isolé sur les six derniers mois, indicateur encourageant malgré la perte de cinq échantillons.
Les experts recommandent toutefois la finalisation d’un plan national de confinement garantissant que tous les échantillons de poliovirus seront stockés ou détruits dans des conditions certifiées. Cette exigence deviendra un critère incontournable pour la certification continentale prévue par la CRCA.
Scénarios d’éradication d’ici 2030
Deux scénarios dominent les projections régionales. Le premier, optimiste, table sur une interruption totale de la circulation d’ici 2026 grâce à une couverture homogène et aux nouvelles formulations vaccinales nOPV2. Le second anticipe des poches résiduelles jusqu’en 2028.
Pour éviter le second cas de figure, la CRCA insiste sur la cartographie fine des mouvements de populations, le dialogue avec les leaders communautaires et l’intégration de la polio dans les plans multisectoriels de préparation aux urgences sanitaires.
Le point économique du vaccin
Les économistes de la santé chiffrent à 1,2 dollar le coût d’une dose de vaccin oral, logistique incluse. Investir maintenant, disent-ils, évitera jusqu’à dix milliards de dollars de soins et de pertes de productivité sur les trente prochaines années.
À Brazzaville, le Pr Donatien Mounkassa souligne que le budget national alloué à la vaccination de routine a augmenté de 15 % en 2025. La tendance, selon lui, traduit la vision gouvernementale d’une « protection sanitaire durable appuyée par des partenaires solides ».
Et après? Cap sur des systèmes résilients
Les représentants de l’Unicef, de Gavi et du Rotary assurent, pour leur part, que leurs contributions financières resteront stables jusqu’en 2027, tout en appelant à un partage plus équitable des charges entre bailleurs et budgets publics nationaux.
Dans les couloirs de la conférence, une ingénieure biomédicale congolaise confie travailler sur des capteurs à bas coût visant à détecter le poliovirus dans les eaux pluviales. « La technologie doit soutenir la santé publique et pas l’inverse », résume-t-elle.
Voix d’experts sur le terrain
Le Dr Fekadu Asrat, venu d’Éthiopie, rappelle que « la première ligne, ce sont les parents ». Selon lui, l’adhésion communautaire atteint 98 % dans certaines zones rurales lorsqu’un médiateur local accompagne les équipes de vaccination pendant la campagne.
À Madingou, dans le sud-ouest du Congo, la cheffe de district santé, Dr Pauline Mabiala, relate que la diffusion en langue locale des spots radio a doublé le nombre d’enfants présentés aux points de vaccination lors de la dernière tournée.
Diplomatie sanitaire et frontières
La dimension transfrontalière reste cruciale. Des couloirs sanitaires sont désormais actifs entre le Congo et l’Angola pour tracer les carnets de vaccination des routiers et des bateliers, souvent exposés à des zones où la polio circule encore.
Les diplomates sanitaires plaident pour une harmonisation des certificats numériques, afin de garantir une lecture instantanée aux postes frontières. Le développement d’une plate-forme CEMAC mutualisée est discuté, soutenu par la Banque africaine de développement.
Agenda 2026
La CRCA a fixé un calendrier serré : d’ici juin 2026, chaque pays devra présenter un plan révisé de confinement, un rapport financier détaillé et la preuve d’exercices de simulation d’épidémie menés au moins une fois par an.
À Brazzaville, la prochaine étape consistera à coupler les campagnes polio avec les dépistages de rougeole et de vitamine A. L’idée, partagée par l’OMS, est d’optimiser chaque passage dans les foyers pour maximiser l’impact sanitaire.
