Ce qu’il faut retenir : Douala et le contrôle des flux
Le Port autonome de Douala (PAD), pivot logistique du Cameroun et du commerce intra-régional, traverse une séquence institutionnelle sensible. La refonte du scanning des marchandises et un précédent juridique dans le dossier Douala International Terminal (DIT) réactivent un débat sur la souveraineté économique et les recettes publiques.
Souveraineté économique : le port comme levier stratégique
À Douala-Bonabéri, la gestion des infrastructures portuaires ne se limite pas à l’opérationnel. Elle touche à la maîtrise des flux, à la sécurisation des revenus douaniers et à la crédibilité de l’État dans le pilotage des outils de contrôle.
Dans ce cadre, les décisions liées aux prestataires et aux modèles de paiement ont une portée politique autant que technique. Elles interrogent la capacité des institutions à aligner efficacité, transparence et continuité des services.
Scanning au Port de Douala : une bascule actée au 1er janvier 2026
Le dossier du scanning non intrusif, au centre de l’attention depuis fin 2025, met en lumière une divergence de vues entre le PAD et le ministère des Finances (Minfi). L’activité est décrite par plusieurs acteurs comme stratégique pour limiter fraude, contrebande et sous-déclaration.
Depuis le 1er janvier 2026, le scanning des conteneurs et des marchandises est confié à Transatlantic D S.A., société concessionnaire désignée par le PAD. Elle remplace Société Générale de Surveillance (SGS), prestataire en place depuis 2015, selon les éléments communiqués dans le dossier.
La décision est notamment matérialisée par une lettre de Cyrus Ngo’o datée du 9 décembre 2025. Pour une source interne au PAD, le choix traduit une rupture dans l’organisation, avec un opérateur désormais exclusif, couvrant importations et exportations, et une révision du schéma de gestion et de paiement visant plus d’efficacité et de transparence.
Minfi et PAD : un rappel du cadre contractuel
Cette reconfiguration n’a pas laissé indifférent le ministère des Finances. Louis Paul Motazé a rappelé que « les opérations de scanning relevaient d’un contrat en vigueur avec SGS » et a demandé « le maintien du cadre existant pour protéger les recettes douanières étatiques ».
Au-delà des positions, l’épisode illustre un enjeu classique de gouvernance publique : articuler les compétences d’une autorité portuaire et les impératifs fiscaux de l’État. Le point de friction porte ici sur la continuité juridique et la maîtrise du dispositif de contrôle.
Le point éco : recettes douanières, efficacité, transparence
Le scanning non intrusif agit comme un outil de conformité, en réduisant les marges de sous-déclaration et en renforçant la traçabilité. Son pilotage et sa facturation peuvent donc peser sur le rendement douanier, mais aussi sur les coûts logistiques supportés par les opérateurs économiques.
Dans le discours du PAD, l’objectif affiché est de moderniser le dispositif et d’améliorer la performance. Dans la position du Minfi, l’accent est mis sur la protection des recettes et sur la stabilité d’un contrat présenté comme toujours en vigueur.
Contexte : DIT, un précédent qui pèse sur la gouvernance portuaire
Parallèlement, le différend avec Douala International Terminal (DIT), anciennement filiale du groupe Bolloré, est mentionné comme un précédent juridique favorable au PAD. Sans entrer dans les détails, cet épisode contribue à relancer les discussions sur la répartition des rôles et la gestion des concessions au port.
Pour de nombreux observateurs, le cumul de ces dossiers renvoie à une même question : qui décide, selon quel cadre, et avec quels mécanismes de contrôle pour sécuriser l’intérêt public tout en maintenant la fluidité des opérations.
Scénarios : vers un arbitrage institutionnel maîtrisé
Un premier scénario serait une clarification formelle des responsabilités et des bases contractuelles, afin d’éviter une incertitude opérationnelle. Dans cette hypothèse, l’État et le PAD chercheraient un point d’équilibre entre continuité juridique et adaptation du dispositif.
Un second scénario, plus technique, reposerait sur une harmonisation des modalités de paiement et de reporting, pour répondre simultanément aux exigences douanières et aux objectifs de performance portuaire. Dans les deux cas, la stabilité du cadre de contrôle restera un signal pour les investisseurs.
Et après ? Une décision très observée par les opérateurs
Les opérateurs de la chaîne logistique suivent l’évolution du dossier avec attention, car le scanning influence directement les délais, les coûts et la prévisibilité. Pour les décideurs publics, l’enjeu est de préserver la confiance, en garantissant des règles claires et applicables.
À court terme, le cœur du sujet reste la coordination entre institutions autour d’un outil de contrôle jugé central. À moyen terme, la séquence pourrait accélérer un débat plus large sur la modernisation de la gouvernance portuaire et la sécurisation durable des recettes.
