Ce qu’il faut retenir : recours et climat politique
À Bangui, l’opposant Anicet-Georges Dologuélé affirme rejeter les résultats provisoires de la présidentielle du 28 décembre 2025, publiés par l’Autorité nationale des élections (ANE). Il parle d’une fraude et conteste la réélection annoncée du président sortant au premier tour.
Le candidat de l’Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA) annonce saisir le Conseil constitutionnel pour demander soit l’annulation du scrutin, soit un recomptage national. Les résultats définitifs officiels doivent être proclamés le 20 janvier, selon le calendrier mentionné.
Bangui : la prise de parole du 7 janvier 2026
Le mercredi 7 janvier 2026, lors d’une conférence de presse à Bangui, Anicet-Georges Dologuélé sort de sa réserve après la publication des chiffres provisoires. Le ton est grave et la ligne est nette : il dit ne pas reconnaître la photographie électorale présentée par l’ANE.
Devant les journalistes, il affirme que les résultats provisoires ne reflètent pas, selon lui, le vote exprimé. Il décrit une fraude qu’il qualifie de « massive », « organisée » et « méthodique », et met directement en cause le rôle de l’institution chargée d’organiser le scrutin (ANE).
Dans sa déclaration, Dologuélé conteste l’écart annoncé. Les chiffres provisoires cités donnent 76,15% au président sortant et 14,66% à sa candidature. Il présente cet écart comme incompatible avec ce qu’il dit avoir observé sur le terrain et dans plusieurs bureaux de vote.
Résultats provisoires de l’ANE : une annonce à minuit
Un point cristallise sa critique : la proclamation des résultats provisoires, intervenue le 5 janvier à minuit. Dologuélé explique ne pas avoir été convié à cette cérémonie, qu’il décrit comme fermée, sans présence de l’opposition ni, affirme-t-il, d’observateurs neutres.
Il associe cette temporalité à un symbole politique : une annonce nocturne qui, selon lui, nourrit la suspicion au lieu d’apaiser. Dans son récit, cette séquence s’inscrit dans un enchaînement d’éléments jugés atypiques par son camp.
Dologuélé évoque aussi des zones qu’il estime insuffisamment prises en compte dans les résultats provisoires, dont la région de Yadé. Il parle enfin de chiffres « déconnectés » de la réalité qu’il dit avoir constatée dans certains centres de vote.
Irrégularités alléguées : listes, urnes et procès-verbaux
Dans sa conférence, le leader de l’URCA détaille des irrégularités qu’il estime structurantes. Il commence par la phase d’enrôlement, évoquant des listes électorales, selon lui, gonflées par des inscrits fictifs et des doublons massifs.
Il mentionne ensuite des pratiques qu’il qualifie de bourrages d’urnes, de falsifications de procès-verbaux et de manipulations sur le terrain. Son propos insiste sur une chaîne de dysfonctionnements qu’il présente comme cohérente, plutôt que comme une somme d’incidents isolés.
Autre grief : l’accès aux documents. Dologuélé affirme que des représentants de candidats n’auraient pas obtenu des copies de résultats, ce qu’il rattache à l’article 87 du Code électoral. Il dénonce enfin des « redressements arbitraires » lors de la centralisation.
Le point juridique : Conseil constitutionnel et article 87
Sur le plan institutionnel, l’opposant dit vouloir porter le contentieux devant le Conseil constitutionnel. Il formule deux issues possibles, selon ses mots : l’annulation intégrale du scrutin ou l’établissement de la « vérité des urnes » via un recomptage national.
Son argumentaire s’appuie notamment sur l’article 87 du Code électoral, qu’il présente comme une garantie de transparence liée à la remise de copies des résultats aux représentants des candidats. Dans sa lecture, l’absence de ces copies affaiblirait la traçabilité du vote.
Dologuélé rappelle aussi qu’un communiqué daté du 29 décembre, attribué au président de l’ANE, aurait reconnu des violations de procédures. Il en déduit que les irrégularités ne seraient pas seulement alléguées par l’opposition, mais discutées publiquement.
Sécurité et tensions : un incident la nuit du 5 janvier
Au-delà des chiffres, Dologuélé rapporte un épisode sécuritaire survenu la nuit de la proclamation. Il indique que trois de ses agents de sécurité ont été interpellés après une altercation avec des membres du Groupement de la sécurité présidentielle.
Dans son récit, cet incident s’ajoute à un climat de crispation. Il dit avoir observé, dans les heures qui ont suivi l’annonce, une absence de célébrations et, au contraire, de la colère et de la tristesse dans une partie de la population interrogée par ses équipes.
Scénarios avant le 20 janvier : validation, annulation, recomptage
D’ici la proclamation des résultats définitifs le 20 janvier, plusieurs issues sont évoquées par l’opposant à travers sa stratégie de recours. Le premier scénario serait une validation des résultats par les autorités compétentes, ce qui maintiendrait la trajectoire annoncée par l’ANE.
Le second scénario, plus conflictuel, serait une annulation du scrutin, option explicitement demandée par Dologuélé. Une troisième voie, qu’il présente comme une recherche de vérité, serait un recomptage national, susceptible de réduire les contestations s’il est accepté.
Dans tous les cas, la séquence repose sur la capacité des institutions à traiter le contentieux dans des délais serrés. Dologuélé affirme faire confiance à « certains cadres » du Conseil constitutionnel et espère, dit-il, qu’ils confirmeront leur indépendance.
Et après ? Pluralisme, institutions et confiance électorale
Le discours de Dologuélé dépasse le litige chiffré : il présente l’épisode comme un test pour le pluralisme politique. Il affirme avoir participé malgré des avertissements dans son entourage, disant ne pas vouloir « abandonner » la population à une impasse politique.
Son appel s’adresse aux institutions autant qu’à ses partisans. Il plaide pour une résistance qu’il qualifie de civique, tout en cadrant la suite dans une procédure formelle. Le calendrier, avec une date de résultats définitifs, fixe un horizon proche.
Dans sa conclusion, il adopte une tonalité solennelle et martèle qu’il ne se taira pas. À ses yeux, la démocratie ne se limite pas à une proclamation : elle se mesure aussi à la manière dont les contestations sont traitées et arbitrées (Mondafrique).
Contexte : images d’une campagne sous haute attention
Photo : Anicet-Georges Dologuélé lors de sa conférence de presse à Bangui le 7 janvier 2026, image diffusée avec légende dans l’article source.
Photo : scène de liesse du président sortant et de ses partisans au moment de la proclamation des résultats provisoires, présentée comme issue de la page Facebook de « Renaissance » dans l’article source.
Graphique (données déclarées) : résultats provisoires annoncés par l’ANE, avec 76,15% pour le président sortant et 14,66% pour Anicet-Georges Dologuélé, chiffres cités dans l’article source.
