Un nouveau pic de violence dans le Nord-Kivu
Les autorités de Kinshasa ont annoncé, vendredi soir, un bilan provisoire d’au moins 80 civils tués le 4 août dans le village de Nyaborongo, en territoire de Kalehe, ainsi que six autres victimes, dont deux mineurs, le 24 juillet à Lumbishi. Les forces armées congolaises imputent ces massacres à la coalition M23-AFC, épaulée, selon elles, par des éléments des Forces de défense du Rwanda. Kinshasa parle d’« une série de meurtres de masse » et dénonce en parallèle la recrue forcée de jeunes, y compris mineurs, par la rébellion.
La réponse des rebelles et le rôle des Nations unies
Interrogé sur ces accusations, le M23 n’a pas encore répliqué, mais son porte-parole a rejeté, le mois dernier, un rapport de l’ONU évoquant 319 morts, le qualifiant de « manipulation flagrante ». À Genève, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk a pourtant cité des « témoignages directs » attestant de violences dans quatre villages du territoire de Rutshuru entre le 9 et le 21 juillet. La Mission onusienne en RDC, dont le mandat arrive à expiration progressive, redoute un engrenage qui dépasserait les capacités de la force de réaction rapide encore déployée dans le Nord-Kivu.
Doha, entre médiation discrète et échéance serrée
Sous l’égide du Qatar, Kinshasa et la rébellion ont signé, le 19 juillet, une déclaration de principes visant à aboutir, avant le 18 août, à un accord global. Le texte prévoit la protection immédiate des populations civiles, le retour sécurisé des déplacés et la restauration de l’autorité de l’État dans les villes passées sous contrôle insurgé. Pour Doha, engagé depuis 2020 sur plusieurs dossiers africains, ce calendrier resserré constitue un test de crédibilité. Des sources diplomatiques estiment que « l’implication d’acteurs régionaux tels que la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), présidée par le Congo-Brazzaville, pourrait consolider la feuille de route ».
Impacts humanitaires et risques de contagion régionale
L’intensification des combats se répercute sur une population déjà éprouvée : plus de six millions de personnes demeurent déplacées à l’intérieur de la RDC, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires. Des ONG locales déplorent un accès restreint aux zones de violence, tandis que les épidémies saisonnières de choléra gagnent du terrain dans les camps de fortune. Au plan régional, Brazzaville, Luanda et Dar-es-Salaam craignent que la crispation congolo-rwandaise ne déborde sur les axes commerciaux majeurs du corridor central. « La stabilité de toute l’Afrique centrale est en jeu », avertit un diplomate d’Afrique de l’Est basé à Kinshasa.
La marge de manœuvre de Kinshasa face à Kigali
Dans un contexte pré-électoral, le gouvernement congolais affirme vouloir privilégier la voie diplomatique tout en maintenant le droit de poursuite contre les groupes armés. Kigali, pour sa part, dément tout soutien direct au M23, dénonçant « une instrumentalisation politique » de la crise. Les États-Unis et l’Union européenne, qui ont récemment renouvelé leurs sanctions ciblées contre certains officiers rebelles, exhortent les deux capitales à la retenue.
Perspectives d’un accord sous haute surveillance
À un peu plus d’une semaine de la date butoir fixée par Doha, l’incertitude domine. Les analystes redoutent qu’un nouvel afflux de déplacés et l’éventuelle prise d’autres centres urbains par le M23 ne sapent la confiance minimale nécessaire à la signature d’un accord. L’entourage du président Sassou Nguesso, doyen des chefs d’État de la sous-région, assure que Brazzaville « accompagnera toute initiative réaliste favorisant la désescalade ». En coulisse, l’Église catholique, plusieurs chancelleries occidentales et l’Union africaine multiplient les canaux de facilitation. « Le temps presse, mais la diplomatie africaine a déjà prouvé qu’elle pouvait surprendre », veut croire un conseiller au ministère congolais des Affaires étrangères.
