Ce qu’il faut retenir : capacité, demande, financement
L’Afrique enregistre des progrès visibles dans le raffinage, mais ces avancées ne suffisent pas à combler le déficit de produits pétroliers raffinés pour la majorité des pays producteurs. C’est l’alerte portée par l’African Energy Chamber, dans son rapport « State of African Energy: 2026 Outlook Report » (African Energy Chamber).
Le nœud du problème est moins technique que financier. Beaucoup de projets annoncés peinent à se concrétiser, faute d’une équation économique jugée solide par les États comme par les investisseurs privés. Dans ce contexte, l’enjeu devient continental : produire, acheminer, stocker et vendre au meilleur coût.
Contexte : une Afrique exportatrice de brut, importatrice de carburants
Le continent exporte des volumes importants de pétrole brut vers l’Europe, l’Asie et les Amériques, tout en important des carburants et distillats, souvent plus coûteux. Cette asymétrie limite la captation de valeur locale, de l’emploi industriel à la montée en compétences.
L’African Energy Chamber décrit aussi une intégration régionale encore limitée des échanges pétroliers. Beaucoup de flux privilégient des partenaires lointains plutôt que des marchés voisins, ce qui réduit la résilience d’un marché intra-africain de l’énergie (African Energy Chamber).
Dangote au Nigeria : un jalon majeur, des réglages décisifs
Le projet phare reste la raffinerie Dangote, présentée comme la plus grande d’Afrique et plus vaste que toute raffinerie européenne. La cérémonie de mise en service a eu lieu en mai 2023. Des essais ont démarré en janvier 2024, suivis de ventes de distillats moyens en avril 2024 (African Energy Chamber).
En septembre 2024, la production de premières quantités d’essence a été signalée. À fin 2024, le site aurait atteint environ la moitié de sa capacité opérationnelle. L’impact commercial est déjà visible : des exportations d’essence et de diesel vers des pays voisins d’Afrique de l’Ouest, ainsi que du kérosène vers l’Europe et les Amériques (African Energy Chamber).
Le démarrage s’accompagne toutefois de défis industriels. Le rapport mentionne des difficultés inattendues sur l’unité RFCC, essentielle pour convertir des fractions lourdes en produits plus valorisés, et des opérations de maintenance non planifiées. Ces éléments ont pesé sur l’objectif initial d’une pleine capacité d’ici fin 2025 (African Energy Chamber).
Autre paramètre stratégique : l’accès au brut. En 2024, la raffinerie aurait importé près de 20 % de son brut des États-Unis, faute de volumes suffisants sur le marché domestique. À mesure que la production monte en puissance à partir de 2025, les besoins en alimentation augmenteront (African Energy Chamber).
Malgré ces points d’attention, l’African Energy Chamber anticipe une montée en régime de l’essence à horizon début 2026, alignée sur le calendrier attendu pour que l’unité RFCC atteigne sa pleine capacité. La trajectoire se joue désormais dans la qualité d’exécution du reste du démarrage (African Energy Chamber).
Angola et Ouganda : Cabinda et Hoima, deux signaux à suivre
Parmi les autres projets cités, la raffinerie de Cabinda, en Angola, ressort comme le seul projet « greenfield » attendu en mise en service en Afrique en 2025. La phase 1, d’une capacité de 30 000 barils/jour, approche de l’achèvement, avec un début d’opérations prévu au second semestre 2025 (African Energy Chamber).
Les phases 2 et 3 sont, elles, attendues environ 18 mois après la phase 1 et ajouteraient 30 000 barils/jour supplémentaires. L’étagement du projet vise à sécuriser progressivement la chaîne d’approvisionnement et l’écoulement des produits, dans un environnement où la demande et la logistique pèsent sur la rentabilité (African Energy Chamber).
En Ouganda, le projet de raffinerie de Hoima est décrit comme « de nouveau sur les rails » après des contretemps initiaux. Un accord de mise en œuvre a été signé en mars 2025, rapprochant le projet de la phase de construction. La première phase, 30 000 barils/jour sur 60 000 prévus, resterait toutefois à plusieurs années (African Energy Chamber).
Le calendrier évoqué place 2028 comme estimation la plus précoce pour la livraison de cette première phase. L’African Energy Chamber souligne aussi des programmes de modernisation d’unités existantes, conduits par les pouvoirs publics, notamment en Angola, en Égypte et en Afrique du Sud (African Energy Chamber).
Le point éco : pourquoi tant de projets restent sur le papier
Pour qu’une raffinerie soit viable, elle doit être attractive économiquement ou soutenue fortement par l’État, insiste l’African Energy Chamber. L’attractivité dépend notamment de la proximité des gisements de brut et des centres de demande, afin de limiter les coûts de transport et la dépendance aux importations de produits finis (African Energy Chamber).
Or, au-delà des projets emblématiques, de nombreuses annonces ne débouchent pas sur des solutions de financement concrètes. La « faible attractivité économique » est présentée comme l’obstacle central, car elle réduit l’appétit des bailleurs et rend politiquement plus difficile une mobilisation budgétaire massive (African Energy Chamber).
Le rapport évoque également une réticence croissante de financiers occidentaux à soutenir des projets liés aux hydrocarbures. Dans les cas où l’économie du projet est solide, le financement pourrait davantage venir de sources domestiques ou de partenaires du Moyen-Orient et d’Asie. Une recomposition progressive des alliances financières est donc possible (African Energy Chamber).
African Energy Bank : une réponse, pas une baguette magique
C’est dans ce paysage que s’inscrit la future African Energy Bank, présentée comme un partenariat entre Afreximbank et l’African Petroleum Producers Organization. Sa mission est de financer des projets pétroliers et gaziers sur le continent, avec un démarrage d’activité visé au second semestre 2025 (African Energy Chamber).
Pour l’African Energy Chamber, l’initiative constitue « un pas dans la bonne direction ». Mais elle ne suffit pas à elle seule, car l’enjeu ne se limite pas à l’accès au crédit : il faut aussi des projets bancables, une logistique performante, et des cadres de régulation cohérents d’un pays à l’autre (African Energy Chamber).
Scénarios : corriger les inefficiences, investir ensemble
Le rapport propose deux leviers complémentaires. D’abord, reconnaître que les inefficiences actuelles du commerce pétrolier peuvent aussi signaler des opportunités de croissance, si elles sont traitées par des réformes et une meilleure régulation. Ensuite, renforcer la collaboration autour d’infrastructures régionales (African Energy Chamber).
Sur les échanges, l’African Energy Chamber estime que, malgré Dangote, l’Afrique restera importatrice nette de produits raffinés comme l’essence, le gasoil et le kérosène sur l’horizon de prévision allant jusqu’en 2050. La production de fioul résiduel resterait globalement proche de la consommation, limitant les exportations nettes (African Energy Chamber).
Les projections indiquent une baisse sensible des importations nettes d’essence et de gasoil vers 2027 grâce à Dangote et à d’autres projets « greenfield ». Mais à long terme, la hausse de la demande et des ajouts de capacité jugés insuffisants entraîneraient un nouvel élargissement du déficit. Les importations nettes de gasoil atteindraient près de 1,8 million barils/jour en 2050 (African Energy Chamber).
Les importations nettes d’essence, elles, pourraient dépasser 1,5 million barils/jour à cet horizon. Le tableau n’est pas figé, mais il souligne une réalité : le raffinage est un marathon industriel. Sans pipeline, stockage et ports efficaces, même une grande raffinerie ne règle pas toute la facture énergétique (African Energy Chamber).
Infrastructures régionales : ports, pipelines, stockage au cœur du jeu
L’African Energy Chamber insiste sur le rôle des infrastructures pour transformer l’avantage en ressources en avantage industriel. Le continent, devenu un hub des routes maritimes pétrolières, peut tirer profit de cette position si les goulets d’étranglement logistiques sont réduits (African Energy Chamber).
Le rapport cite des tensions dans les ports d’entrée de produits raffinés en Afrique de l’Est, avec des coûts de surestaries. Il note aussi les limites de certains pipelines terrestres, comme l’axe Beira au Mozambique vers Indeni en Zambie, qui contraint le transport et pousse à davantage de volumes par route (African Energy Chamber).
La critique vise moins les projets nationaux que leur isolement. Une approche fragmentée empêche d’obtenir des économies d’échelle et des effets de réseau. L’African Energy Chamber plaide pour des cadres réglementaires harmonisés, une mutualisation financière et des priorités axées sur l’impact régional, afin d’abaisser les coûts et d’attirer l’investissement (African Energy Chamber).
Et après ? L’intégration comme accélérateur industriel
Le texte rapproche cette logique d’une dynamique d’intégration économique déjà portée par la Zone de libre-échange continentale africaine. Étendre cet esprit de coopération aux infrastructures énergétiques pourrait favoriser l’industrialisation, réduire les coûts d’exploitation et améliorer l’attractivité des chaînes de valeur aval, du raffinage à la distribution (African Energy Chamber).
Pour les décideurs et investisseurs, le message est clair : les méga-projets comptent, mais l’écosystème compte davantage. L’avenir du raffinage africain se jouera dans la synchronisation entre capacité industrielle, accès au brut, cadre financier et corridors logistiques. C’est là que se créera, progressivement, la valeur.
Graphiques et cartes suggérés (à sourcer)
Un graphique pertinent comparerait, par région africaine, la demande et la capacité de raffinage projetées jusqu’en 2050, sur la base des données du « State of African Energy: 2026 Outlook Report » (African Energy Chamber). Une carte utile localiserait Dangote, Cabinda et Hoima, ainsi que les grands ports d’entrée et principaux corridors de produits cités, dont Beira–Indeni (African Energy Chamber).
Pour l’illustration, une photo légendée pourrait montrer une vue industrielle d’une raffinerie en activité, avec une mention factuelle du site et de la date de prise de vue. Une autre image pourrait représenter un terminal portuaire de produits pétroliers, pour matérialiser l’enjeu logistique évoqué dans le rapport.
