Ce qu’il faut retenir
Au lendemain de l’annonce par les chefs de l’Alliance des Forces Congolaises/M23 d’un retrait « progressif » d’Uvira, le porte-parole du gouvernement de la RDC s’est montré circonspect, parlant d’une « mise en scène » destinée à apaiser les capitales occidentales sans quitter réellement le terrain.
Dans la cité lacustre, camions bâchés et jeeps neutres sillonnent encore les grands axes, tandis que des blessés continuent d’affluer vers l’hôpital général, selon la Croix-Rouge qui redoute de nouveaux combats malgré les promesses d’accalmie formulées par le mouvement rebelle.
Contexte sécuritaire à Uvira
Face aux doutes, Kinshasa exige une vérification conjointe avec la MONUSCO et les mécanismes régionaux, rappelant que le dernier accord de cessez-le-feu signé à Washington début décembre avait déjà été violé par l’offensive surprise sur Uvira, chef-lieu du Sud-Kivu méridional.
La prise éclair d’Uvira, le 12 décembre, a bouleversé l’équilibre sécuritaire dans le couloir commercial reliant Bukavu à Kalemie. Située au bord du lac Tanganyika et à quelques kilomètres de la frontière burundaise, la ville représente un nœud logistique prisé par les groupes armés transfrontaliers.
Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir les colonnes M23 engagées sous la bannière de la nouvelle Alliance des Forces Congolaises, accusation que Kigali rejette avec constance. Washington a brandi la menace de sanctions ciblées, augmentant la pression diplomatique à la veille des fêtes de fin d’année.
Chronologie des mouvements M23
Mercredi soir, des vidéos diffusées en ligne ont montré un convoi de jeeps quittant le centre. Sur les images, seuls chauffeurs et deux combattants étaient visibles. Une heure plus tard, des colonnes à pied étaient signalées sur la route de Muami, contournant les postes officiels.
Le gouvernement rapporte également la présence, dans la même nuit, d’un important matériel d’artillerie arrêté à Makobola, à moins de dix kilomètres d’Uvira, sans signe de repli vers les positions initiales convenues lors des pourparlers de Doha.
Intérêt géostratégique de la cité
Pour l’analyste Christian Moleka, Uvira est le « dernier verrou du Sud-Kivu » ouvrant le passage vers le Katanga riche en cuivre et cobalt. Contrôler ses quais sur le Tanganyika permet aussi d’interrompre le trafic fluvial vers Kalemie et d’assurer une profondeur logistique vers le Burundi voisin.
Historiquement, la cité concentre plusieurs flux : or et cassitérite des hauts plateaux, bétail venu du nord du Burundi, mais également les marchandises en provenance du port tanzanien de Kigoma. Sa perte prolongée compliquerait la desserte humanitaire et priverait la RDC d’un poumon commercial crucial.
Réactions de Kinshasa et partenaires
Le Département d’État américain a salué un « pas dans la bonne direction » tout en réclamant la vérification indépendante du retrait. L’Union africaine, par la voix du président de la Commission, a exhorté les parties à respecter les mécanismes régionaux de surveillance pilotés par la Communauté d’Afrique de l’Est.
À Kinshasa, Patrick Muyaya juge toutefois ce salut précoce : « Nous notons un signal intéressant, mais nous devons rester vigilants », a-t-il déclaré lundi soir. Pour l’instant, ni la MONUSCO ni la Force régionale est-africaine n’ont confirmé de déplacement massif des colonnes M23.
Trois scénarios possibles
Scénario optimiste : le M23 se replie effectivement vers les collines de Rutshuru, ouvrant la voie à un redéploiement des FARDC à Uvira et au retour de milliers de déplacés. Ce cas requiert cependant un monitoring musclé et la réactivation des discussions de Doha d’ici début janvier.
Scénario intermédiaire : la colonne se fragmente, une partie disparaît dans la population civile, l’autre reste postée à Makobola en position de menace. L’administration locale fonctionnerait alors au ralenti, sous tension permanente, freinant la reprise des échanges transfrontaliers avec Bujumbura et Kigoma.
Scénario dur : les éléments infiltrés relancent une offensive coordonnée avec leurs alliés de Fizi et Minembwe, cherchant à encercler Uvira avant la saison des pluies. Une telle dynamique pourrait entraîner une nouvelle vague de déplacés vers le Burundi et saturer les capacités humanitaires.
Impacts économiques immédiats
Du point de vue économique, la fermeture intermittente de la route nationale 5 a déjà fait bondir les prix des denrées importées de Tanzanie de 30 % sur les marchés de Bukavu. Les armateurs du lac Tanganyika, eux, réduisent les rotations faute de garanties de sécurité.
Que surveiller dans les semaines à venir
D’ici la mi-janvier, l’attention se portera sur la capacité des mécanismes conjoints – Mécanisme de vérification élargi et Force est-africaine – à documenter chaque mouvement. Kinshasa souhaite qu’un rapport circonstancié soit publié avant le prochain sommet de la CEEAC prévu à Brazzaville.
Urgence humanitaire persistante
En attendant, les habitants d’Uvira s’organisent : comités d’alerte de quartier, patrouilles mixtes police-société civile et couloirs humanitaires supervisés par les églises locales. « Nous voulons croire à la paix, mais les armes ne sont jamais loin », soupire Sylvie, commerçante sur l’avenue Namianda.
Sur le plan humanitaire, OCHA estime à 220 000 les déplacés depuis l’offensive, soulignant que l’accès routier à Sange demeure obstrué par des obstacles dressés par des groupes armés.
