Ce qu’il faut retenir
Le Congo vient de valider son Plan national de développement des ressources humaines pour la santé 2026-2030, matrice stratégique destinée à renforcer la qualité, la répartition et la motivation du personnel médical. L’ambition affichée est claire : accélérer la marche vers la couverture sanitaire universelle.
Présidée par le ministre Jean-Rosaire Ibara, la cérémonie officielle, organisée à Brazzaville mi-décembre, a rassemblé des membres du gouvernement, des universitaires, des bailleurs et le Représentant de l’OMS, Dr Vincent Dossou Sodjinou. Tous ont salué une étape jugée structurante pour la résilience du système.
Cap sur la couverture sanitaire universelle
Le Congo s’est engagé, dans le Plan national de développement, à porter à 80 % la proportion de population ayant accès à des soins essentiels d’ici 2030. Les responsables estiment que cet objectif ne peut être atteint sans un personnel de santé suffisant, bien formé et équitablement réparti.
Le Dr Sodjinou rappelle que les ressources humaines figurent parmi les six piliers d’un système performant. Selon lui, « investir dans les femmes et hommes qui prodiguent les soins, c’est investir dans la vie ». Un message qui entre en résonance avec la Stratégie mondiale OMS 2016-2030.
Un processus participatif salué
Le document est le fruit de dix-huit mois d’ateliers, d’analyses et de missions de terrain impliquant syndicats, ordres professionnels, universités et collectivités. Cette méthode, jugée inclusive par les partenaires, a permis de dresser un état des lieux sans concessions des effectifs et des compétences disponibles.
Résultat : une base de données actualisée recense près de 18 000 agents, dont 42 % affectés à Brazzaville et Pointe-Noire. Les zones septentrionales restent sous-dotées, avec parfois moins d’un agent pour 1 000 habitants, loin du seuil recommandé par l’OMS.
Les quatre axes stratégiques du PNDRHS
Le premier axe cible l’offre de formation initiale. Le plan prévoit d’augmenter la capacité des instituts et facultés de médecine de 30 %, tout en modernisant les programmes pour intégrer la santé communautaire, la télémédecine et la gestion des urgences.
Le deuxième axe se concentre sur le recrutement et l’affectation équitables. Un mécanisme de contrats incitatifs, assortis de primes d’installation, est envisagé pour orienter les jeunes diplômés vers les districts ruraux, en lien avec la réforme de la Fonction publique.
Le troisième axe renforce le développement professionnel continu. Des plateformes e-learning et des partenariats Sud-Sud permettront de former chaque année 60 % du personnel clinique aux protocoles actualisés. Enfin, le quatrième axe porte sur la gouvernance, la digitalisation et l’évaluation régulière des performances.
Focus sur la formation et la motivation
Le ministre de l’Enseignement supérieur a rappelé que deux nouvelles antennes universitaires de sciences de la santé ouvriront en 2027 à Oyo et Dolisie. Ces extensions devraient réduire la fuite de bacheliers vers l’étranger et ancrer les compétences dans les régions.
Côté motivation, le plan introduit une grille de carrière repensée, adossée à un système de primes liées aux résultats. Un fonds de bien-être, alimenté par un prélèvement sur les assurances maladies publiques et privées, financera l’accès du personnel à la santé, au logement et à la formation.
Digitalisation et gouvernance renforcée
Un registre national électronique des professionnels sera opérationnel dès 2026. Cet outil, interconnecté avec l’état-civil et les établissements de formation, facilitera la planification, la gestion des affectations et le suivi des compétences, tout en réduisant les doublons dans la masse salariale.
Le Comité national de pilotage, placé sous l’autorité du Premier ministre, réunira trimestriellement les ministères clés, les ordres professionnels et la société civile. Ses procès-verbaux seront publiés, signe d’une volonté de transparence qui répond aux attentes des partenaires techniques et financiers.
Le point économique et financier
Le budget prévisionnel du PNDRHS atteint l’équivalent de 310 millions de dollars sur cinq ans. Les autorités entendent mobiliser 55 % sur ressources nationales, le reste provenant de prêts concessionnels, du secteur privé et de la coopération multilatérale.
Selon le ministère des Finances, chaque dollar investi dans les ressources humaines générerait un retour économique de 3,2 dollars grâce à la réduction des évacuations sanitaires, l’amélioration de la productivité et la création d’emplois qualifiés dans la chaîne de valeur santé.
Scénarios pour 2030
Les projections officielles indiquent que le ratio médecins-infirmiers-sages-femmes passerait de 1,5 à 3 pour 1 000 habitants en 2030 si le plan est appliqué intégralement. Dans ce cas, la mortalité maternelle pourrait baisser de 30 % par rapport à 2024.
Un scénario médian, basé sur une mise en œuvre à 70 %, maintiendrait néanmoins la progression du ratio à 2,4 pour 1 000 habitants. Les retards de décaissement ou les chocs sanitaires demeurent les principaux risques identifiés par les experts.
Et après ?
La validation du plan n’est qu’un départ. Les signataires s’accordent à dire que les douze premiers mois seront décisifs pour installer les unités de gestion, finaliser les textes d’application et lancer les premiers recrutements massifs.
À moyen terme, les observateurs estiment que le succès du PNDRHS renforcera la confiance des citoyens dans le système de santé et facilitera le déploiement de l’assurance maladie universelle en cours de discussion au Parlement.
