Brazzaville au cœur de la gouvernance aérienne
Sous les lambris du ministère congolais des Transports, la 7ᵉ session ordinaire du Comité des ministres de l’ASSA-AC a scellé une nouvelle étape de l’intégration aérienne en Afrique centrale.
Le huis clos a réuni les titulaires du portefeuille des six pays CEMAC, des délégués de la Commission et des experts, dans une atmosphère qualifiée de « constructive » par un diplomate présent.
Au terme des délibérations, les membres ont avalisé, le 17 octobre, un plan d’actions et un projet de budget 2026 décrits comme « réalistes et ambitieux » par le directeur général Eugene Apombi.
Ce qu’il faut retenir du plan 2026
Dotation stabilisée, mais dépenses comprimées : le Comité exige désormais un programme triennal chiffré, incluant une trajectoire de baisse des charges de fonctionnement.
« Il était urgent de renforcer la discipline budgétaire sans compromettre la sécurité », a souligné la nouvelle présidente du Comité, la ministre congolaise Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas.
Les états financiers 2024, jugés satisfaisants, servent de base à une programmation 2026 qui fait la part belle aux audits de sûreté et à l’assistance technique ciblée.
Harmoniser les règles avant 2026
L’une des priorités demeure la migration complète vers la réglementation communautaire, attendue pour le 31 décembre 2026.
Le Comité encourage chaque État membre à finaliser les textes nationaux, tandis que la Direction générale doit, de concert avec les autorités, préparer l’amendement du règlement sur les règles communes.
Conscients des lenteurs administratives, les ministres ont mandaté l’ASSA-AC pour explorer, avec la Commission CEMAC, une délégation exceptionnelle auprès du Conseil des ministres de l’UEAC, afin d’accélérer l’adoption des futurs textes.
Financer la sûreté : recettes et arriérés
La Redevance de sécurité aérienne régionale est opérationnelle dans cinq pays sur six, signalant un pas important vers l’autonomie financière de l’agence.
Toutefois, le faible taux de recouvrement de la contribution égalitaire et de la taxe communautaire d’intégration continue de fragiliser la trésorerie.
Les ministres exhortent donc les États à apurer leurs dettes et à conclure rapidement un accord avec l’IATA pour la perception automatique de la redevance sur les billets.
Nouvelle architecture institutionnelle
Pour mieux répondre à ses missions, l’ASSA-AC revoit son organigramme. L’accent est mis sur la mutualisation des compétences et la réduction des doublons.
Leyami Gastel Aimard, haut fonctionnaire congolais reconnu pour son sens de la rigueur, prend la tête de la direction Administration et Finances.
Cette nomination, saluée par l’ensemble du Comité, s’accompagne d’indicateurs de performance clairs, notamment sur la qualité des rapports financiers et la fluidité des décaissements.
Former les talents de demain
Le plan triennal 2026-2028 consacre un budget conséquent à la montée en compétences des inspecteurs, contrôleurs et juristes des autorités nationales.
Il intègre la diffusion systématique du Programme national de sécurité, pierre angulaire des audits internationaux.
« Sans capital humain qualifié, aucune infrastructure ni texte ne garantit la sécurité », rappelle un expert camerounais, soulignant le besoin de 200 nouveaux instructeurs régionaux d’ici trois ans.
Contexte et enjeux régionaux
L’Afrique centrale représente à peine 4 % du trafic continental, mais concentre des corridors stratégiques pour les ressources minières et forestières.
La modernisation de la surveillance aérienne est donc cruciale pour intégrer les hubs de l’Union africaine du transport aérien et attirer de nouvelles compagnies.
Le succès de la Redevance régionale pourrait servir de matrice à d’autres communautés économiques en quête de financements pérennes pour la sûreté.
Scénarios à l’horizon 2028
Si la mutualisation des inspections se poursuit, un certificat unique CEMAC pourrait émerger, réduisant les coûts pour les lignes domestiques et régionales.
En parallèle, la digitalisation des données de vol offre la possibilité d’un tableau de bord partagé en temps réel, limitant les incidents et renforçant la confiance des assureurs.
La concrétisation de ces scénarios dépendra du rythme d’harmonisation législative et du règlement des arriérés financiers.
Le point économique
Selon des estimations internes, chaque point supplémentaire de recouvrement de la Redevance régionale représente 1,2 million de dollars en capacité d’investissement annuel.
Une telle marge permettrait de financer un centre d’entraînement virtuel et d’acquérir de nouveaux équipements portables de détection d’explosifs, essentiels pour répondre aux standards internationaux.
Les gains d’efficience budgétaire devraient également rassurer les bailleurs, à commencer par la Banque de développement des États de l’Afrique centrale.
Et après pour le ciel d’Afrique centrale ?
Le Comité des ministres se réunira de nouveau en 2025 à Malabo pour dresser un premier bilan d’étape.
D’ici là, l’ASSA-AC entend publier chaque semestre un rapport de performance, afin de maintenir la pression sur la qualité de la gouvernance financière et technique.
