Ce qu’il faut retenir du sommet CEMAC à Brazzaville
À Brazzaville, un sommet extraordinaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) met sur la table une préoccupation centrale: la baisse des réserves de change régionales, estimées à un peu plus de quatre mois. En toile de fond, des tensions économiques et sociales dans plusieurs États.
Les discussions portent sur deux ressorts majeurs: des recettes en recul, notamment avec la baisse des cours des matières premières, et des dépenses publiques en hausse. Les participants examinent des options techniques, tout en écartant publiquement l’idée d’une dévaluation du franc CFA.
Réserves de change en Afrique centrale: le signal d’alerte
Le premier sujet, largement partagé entre capitales d’Afrique centrale, est l’érosion des réserves de change. D’après les éléments évoqués, le niveau régional se situerait à peine au-dessus de quatre mois, ce qui alimente les inquiétudes sur la capacité à absorber des chocs externes.
Cette baisse est attribuée, en premier lieu, à un recul des recettes en devises. Les matières premières, qui restent une source clé d’entrées de devises pour de nombreux pays de la zone, ont vu leurs cours se tasser, réduisant mécaniquement les marges de manœuvre.
Dans la zone CEMAC, le niveau des réserves est aussi perçu comme un indicateur de crédibilité du cadre macroéconomique. Les débats de Brazzaville cherchent donc à relier diagnostic et réponses, sans dramatiser, mais en reconnaissant l’urgence d’un pilotage coordonné.
Budgets publics et déficits: la question de la discipline CEMAC
Deuxième point de friction: la dynamique des budgets. Les dépenses publiques augmentent, au moment même où les recettes ralentissent. Certains analystes, cités dans les échanges, parlent d’« indiscipline budgétaire », une formule qui renvoie aux écarts avec les normes communautaires.
Plusieurs pays sont mentionnés pour des déficits au-delà du cadre commun, notamment le Gabon, mais aussi le Tchad et la Guinée équatoriale. Le débat n’est pas seulement comptable: il interroge la capacité des États à concilier priorités sociales, investissements et stabilité macroéconomique.
À cette équation s’ajoute le poids du service de la dette. Des remboursements importants sont attendus sur l’année, ce qui augmente la pression sur les trésoreries nationales et, par ricochet, sur les équilibres régionaux, puisque les besoins en devises ne se gèrent pas isolément.
Franc CFA: une dévaluation officiellement écartée
Sur les réseaux sociaux, une rumeur de dévaluation du franc CFA a circulé, alimentant une nervosité compréhensible dans l’opinion. L’institution concernée a toutefois rapidement démenti: une dévaluation n’est pas à l’ordre du jour, selon les éléments rapportés.
Ce démenti vise à stabiliser les anticipations. Dans une union monétaire, la confiance compte autant que les chiffres. En creux, la ligne défendue à Brazzaville consiste à activer d’autres leviers avant d’envisager des options qui pourraient être socialement sensibles.
Pistes discutées: lois de finances, FMI, rapatriement et banques
Un document préparatoire du sommet extraordinaire, consulté par RFI, évoque plusieurs pistes de travail. Il est question d’aligner les lois de finances sur les engagements internationaux des États, une manière d’harmoniser les trajectoires budgétaires et de réduire les écarts de pilotage.
Autre axe: maintenir l’engagement dans les négociations ou programmes avec le Fonds monétaire international (FMI). Dans la région, ces cadres servent souvent de boussole macroéconomique, avec des objectifs de réformes et des jalons qui structurent l’action publique.
Le texte mentionne aussi le rapatriement des avoirs détenus hors de la CEMAC, sujet récurrent dès qu’il s’agit de consolider les réserves. Enfin, la sécurisation du secteur bancaire apparaît comme un volet clé, car la stabilité financière conditionne l’efficacité des politiques économiques.
Cas Gabon: annonces de programme économique et appui du FMI
Dans ce contexte, le Gabon a annoncé, mercredi 21 janvier, vouloir mettre en œuvre un « programme économique de croissance » avec « l’appui du FMI », selon un communiqué. Le ministre de l’Économie récemment nommé y présente une orientation axée sur une harmonisation budgétaire jugée soutenable et conforme aux directives CEMAC.
Le communiqué met également en avant un renforcement de la gouvernance, une promotion de la transparence et une amélioration des conditions de vie des Gabonais. Ces thèmes résonnent avec les attentes sociales, mais posent aussi la question des calendriers de réformes et de leurs effets à court terme.
À ce stade, le FMI n’a pas communiqué sur la conclusion d’un nouveau programme avec Libreville, selon les informations rapportées. L’écart entre annonces politiques et communication des institutions financières souligne la prudence habituelle de ces processus.
Contexte: tensions économiques et crispations sociales
Les annonces et les discussions interviennent dans un climat de crispation sociale, évoqué comme un arrière-plan du moment. Dans plusieurs pays, la contrainte budgétaire se heurte à des demandes pressantes en matière de pouvoir d’achat et de services publics.
Ce décalage nourrit une tension classique: comment restaurer des équilibres macroéconomiques sans donner l’impression de sacrifier le quotidien? Les participants au sommet cherchent des réponses techniques, mais savent que la perception publique pèsera sur l’exécution des décisions.
Le point éco: pourquoi les réserves et la dette comptent
Les réserves de change servent à financer les importations et à amortir les chocs, en particulier dans des économies dépendantes des exportations de matières premières. Leur niveau influence la capacité à maintenir la stabilité et à rassurer partenaires et marchés.
Le service de la dette ajoute une contrainte en devises, surtout si des échéances importantes tombent la même année. Dans ce contexte, l’ajustement peut passer par des budgets mieux calibrés, une mobilisation plus efficace des recettes et une coordination régionale plus stricte.
Scénarios CEMAC: coordination renforcée ou ajustements progressifs
Un premier scénario, implicite dans les pistes évoquées, serait une coordination budgétaire renforcée, avec des lois de finances plus alignées et une trajectoire de déficits mieux encadrée. Ce choix suppose un suivi régional plus exigeant et des arbitrages politiques plus difficiles.
Un second scénario miserait sur des ajustements plus progressifs, soutenus par des programmes avec le FMI et par des mesures visant à consolider les réserves, comme le rapatriement d’avoirs. Cette option peut paraître plus graduelle, mais demande une exécution constante.
Et après le sommet de Brazzaville: mise en œuvre et confiance
L’après-sommet se jouera sur la mise en œuvre: tenir les engagements budgétaires, clarifier les cadres de dialogue avec le FMI, et renforcer la solidité bancaire. Les décisions techniques n’auront de poids que si elles se traduisent dans les budgets et les pratiques.
Dans une union monétaire, la confiance est un actif collectif. Le message envoyé à Brazzaville, en écartant la dévaluation et en mettant l’accent sur la discipline et la coordination, vise à préserver cette confiance, tout en laissant ouverte la recherche de solutions réalistes.
