Ce qu’il faut retenir: une alerte au cœur du conflit
Les femmes seraient les premières victimes d’abus dans la guerre au Soudan, avec une violence sexuelle décrite comme parmi les plus graves au monde, selon Sulaima Ishaq al-Khalifa, ministre des Affaires sociales du gouvernement appuyé par l’armée. Elle parle de crimes commis dans un climat d’impunité.
Le conflit oppose depuis avril 2023 l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF), une force paramilitaire. La guerre a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé environ 11 millions de personnes, et s’accompagne de signalements répétés de violences sexuelles, selon les informations rapportées (FRANCE 24 avec AFP).
Contexte: une guerre longue, un État sous tension
D’après la ministre, les violences contre les femmes apparaissent fréquemment lors de pillages et d’attaques. Elle évoque des viols commis devant des proches, ce qui ajoute une dimension de terreur sociale, au-delà du crime lui-même.
Psychologue de formation et engagée de longue date sur les droits des femmes, Sulaima Ishaq al-Khalifa dit avoir recueilli des récits où « il n’y a pas de limite d’âge ». Elle décrit des victimes très âgées, ainsi que des enfants, signe d’une brutalité extrême selon ses propos (FRANCE 24 avec AFP).
Violences sexuelles: esclavage, traite et mariages forcés
La ministre affirme que des femmes seraient aussi victimes d’esclavage sexuel et de traite vers des pays voisins. Elle ajoute que des mariages forcés peuvent être organisés pour éviter la honte dans certaines communautés conservatrices, en particulier en cas de grossesse issue d’un viol.
Elle décrit ces mariages comme une « opération de torture », et dit que des enfants et adolescentes de moins de 18 ans sont concernés dans des cas jugés « effrayants ». La stigmatisation sociale compliquerait la prise de parole et la remontée d’informations, selon elle (FRANCE 24 avec AFP).
Responsabilités et accusations: un débat documenté, mais sensible
Sulaima Ishaq al-Khalifa dit que des violences sexuelles sont signalées des deux côtés. Elle soutient toutefois qu’elles seraient « systématiques » chez les RSF, qu’elle accuse d’utiliser la violence sexuelle comme « arme de guerre » et à des fins d’« épuration ethnique » (FRANCE 24 avec AFP).
Son ministère dit avoir documenté plus de 1 800 viols entre avril 2023 et octobre 2025. Elle précise que ce chiffre n’inclut pas des atrocités documentées au Darfour occidental et dans la région du Kordofan voisin à partir de fin octobre, ce qui suggère des lacunes liées au terrain et aux accès (FRANCE 24 avec AFP).
Dans son analyse, elle relie ces crimes à une stratégie de déplacement forcé: humilier, pousser des familles à partir, et « briser » les tissus sociaux. Elle avertit que l’usage de la violence sexuelle alimente une « vengeance » qui peut prolonger la guerre, en enracinant des traumatismes collectifs.
Darfour: alertes de l’ONU et enquête de la CPI
Un rapport du SIHA Network, groupe militant qui documente les abus contre les femmes dans la Corne de l’Afrique, indique que plus des trois quarts des cas enregistrés concernent des viols, et que 87% sont attribués aux RSF (SIHA Network, cité par FRANCE 24 avec AFP).
Les Nations unies ont, à plusieurs reprises, exprimé leur inquiétude face à ce qu’elles décrivent comme des attaques ciblées contre des communautés non arabes au Darfour. La Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête formelle sur des « crimes de guerre » présumés imputés aux deux camps, selon le même récit (FRANCE 24 avec AFP).
Devant le Conseil de sécurité de l’ONU à la mi-janvier, la procureure générale adjointe de la CPI, Nazhat Shameem Khan, a déclaré que des enquêteurs avaient mis au jour des éléments sur une campagne « organisée » et « calculée » à El Fasher. Elle a cité des viols de masse et des exécutions à grande échelle (FRANCE 24 avec AFP).
Khartoum et El Fasher: la question des combattants étrangers
Des femmes à Khartoum et au Darfour, y compris à El Fasher, ont décrit des viols attribués à des personnes présentées comme des ressortissants étrangers, selon la ministre. Elle évoque des « mercenaires » venant d’Afrique de l’Ouest, parlant français, ainsi que d’autres pays, et qui combattraient aux côtés des RSF, d’après ses allégations (FRANCE 24 avec AFP).
Elle affirme que certaines victimes ont été enlevées et détenues comme esclaves sexuelles, tandis que d’autres auraient été vendues via des réseaux de traite exploitant la porosité des frontières. La ministre souligne aussi que l’effondrement d’institutions étatiques rend de nombreux cas difficiles à documenter.
Le point juridique: de la documentation aux poursuites
Le tableau décrit dans ces témoignages et rapports place la documentation au centre de la réponse internationale. Entre chiffres d’un ministère, travail d’ONG et mécanismes onusiens, l’enjeu est d’établir des faits vérifiables malgré la guerre, les déplacements massifs et la peur de parler.
La CPI s’inscrit dans cette logique de judiciarisation, en cherchant à qualifier et attribuer des crimes de guerre présumés. Les déclarations faites au Conseil de sécurité montrent que l’institution met l’accent sur des chaînes de responsabilité, sans limiter le champ à un seul acteur du conflit (FRANCE 24 avec AFP).
Scénarios: protection des civils ou spirale de représailles
Dans la lecture de Sulaima Ishaq al-Khalifa, la violence sexuelle ne vise pas seulement des individus, mais une cohésion sociale. Si cette dynamique se prolonge, elle peut intensifier les déplacements et alimenter des cycles de représailles, rendant plus difficile toute désescalade.
À l’inverse, la combinaison d’alertes onusiennes, d’enquêtes internationales et d’un travail de documentation national peut renforcer la visibilité des victimes. Mais la stigmatisation et l’insécurité restent des obstacles majeurs, au moment même où les institutions sont fragilisées.
Et après ? L’urgence de soins, et la bataille des preuves
Au-delà des débats de responsabilité, la priorité décrite par la ministre renvoie à des besoins concrets: protection, prise en charge médicale et psychologique, et conditions sûres pour signaler les violences. Dans un pays en guerre, cette chaîne est difficile à garantir.
La suite dépendra aussi de la capacité à rassembler des preuves dans la durée. Le récit met en lumière une bataille parallèle à celle du terrain: celle de la vérité documentée, indispensable pour la justice, mais aussi pour reconstruire la confiance au sein des communautés touchées (FRANCE 24 avec AFP).
