Ce qu’il faut retenir
La signature, le 4 décembre 2025, d’un pacte de sécurité RDC-Rwanda à Washington devait clore vingt-cinq ans de violence dans l’est congolais. À peine annoncé, l’accord est heurté par la prise éclair d’Uvira par les rebelles du M23 appuyés par Kigali.
Sur le terrain, les combats ont déjà provoqué des centaines de morts et des milliers de déplacés, brouillant le message pacificateur du texte parrainé par les États-Unis et rendant palpable la défiance de Kinshasa envers le voisin rwandais.
Contexte et portée du pacte de Washington
L’accord prévoit un cessez-le-feu permanent, le retrait coordonné des troupes rwandaises, la fin de toute assistance aux groupes armés et la création d’équipes mixtes de vérification. Washington se veut garant, misant sur la diplomatie des incitations financières et militaires.
Kinshasa et Kigali ont publié des calendriers distincts, reflet d’interprétations divergentes. Là où la RDC exige un retrait sous trente jours, le Rwanda évoque une fenêtre plus étalée, indexée, selon Kigali, sur la sécurisation des populations banyamulenge.
Uvira, révélateur d’une fissure
Le 10 décembre, les unités FARDC se retirent tactiquement d’Uvira, carrefour commercial ouvrant sur le lac Tanganyika et la frontière burundaise. Le M23 entre sans résistance majeure, érigeant des postes de contrôle et hissant ses drapeaux à l’hôtel de ville.
Selon plusieurs sources onusiennes, des commandos rwandais en uniforme auraient soutenu l’avancée rebelle. Kigali maintient qu’il ne déploie qu’une « présence défensive » destinée à protéger les civils rwandophones, un narratif jugé fallacieux par Kinshasa et commenté avec prudence par la MONUSCO.
Le facteur M23 impossible à contourner
Aucun représentant M23 n’a apposé sa signature à Washington. Le mouvement contrôle pourtant d’importantes portions du Nord-Kivu jusqu’au Sud-Kivu, imposant taxes, justice parallèle et calendrier militaire. Sans leur adhésion officielle, l’architecture de paix repose sur du sable.
Corneille Nangaa, figure politique congolaise passée à l’opposition, endosse depuis Nairobi le rôle de porte-voix du M23. Sa visibilité médiatique brouille encore plus la ligne de commandement, transformant la rébellion en interlocuteur indirect des chancelleries.
Kigali sous les projecteurs internationaux
Aux Nations unies, Washington accuse le président Paul Kagame de « piloter le plan de guerre » et de déployer des missiles sol-air en RDC. Le Rwanda rétorque agir sur invitation de communautés en danger, plaidant le droit de poursuite transfrontalière.
Les États-Unis, facilités par le conseiller Antony Blinken, menacent de geler des programmes d’assistance militaire. Pour Kigali, l’enjeu est double : préserver son image de hub régional et éviter les sanctions qui pourraient impacter son attractivité économique.
Tensions régionales autour du lac Tanganyika
Le Burundi, allié militaire de Kinshasa, a fermé plusieurs postes frontaliers après l’entrée des rebelles à Uvira. Des échanges sporadiques de tirs ont été rapportés près de Gatumba, tandis que Bujumbura mobilise des réservistes pour prévenir toute incursion.
La SADC, réunie en sommet extraordinaire, appelle au respect strict du pacte de Washington et au retrait des forces étrangères. Luanda et Dar es-Salaam redoutent une contagion qui perturberait le corridor commercial Dar-es-Salaam-Lubumbashi.
Pression américaine et retrait conditionnel
Un appel du vice-président américain J.D. Vance à Paul Kagame aboutit, le 15 décembre, à l’annonce d’un retrait « unilatéral » du M23 d’Uvira. Le communiqué est signé par Nangaa, détail qui intrigue les diplomates et souligne la tutelle supposée de Kigali.
Aucun calendrier précis n’est divulgué, et les observateurs craignent un repli tactique plutôt qu’un désengagement durable. Un précédent existe : en 2012, un appel de Barack Obama avait suffi à obtenir le départ des rebelles de Goma, avant leur retour l’année suivante.
Et après ? Scénarios de sortie
Sans intégration du M23 et vérification indépendante du retrait rwandais, le pacte risque de rejoindre la longue liste des accords avortés dans les Grands Lacs. Les humanitaires redoutent une crise prolongée qui toucherait encore trois millions de personnes.
Dans l’immédiat, Washington cherche une fenêtre pour convoquer une réunion ministérielle à Addis-Abeba, espérant arrimer l’Union africaine au mécanisme de suivi. Kinshasa exige la nomination rapide d’une force d’observation panafricaine, alors que Kigali réclame une médiation plus équilibrée.
Si la confiance ne se rétablit pas, les capitaux miniers, déjà frileux, pourraient se détourner du Kivu vers des gisements concurrents, y compris en Zambie. Le coût économique du conflit s’ajouterait à l’urgence humanitaire et à l’insécurité régionale croissante.
Pour nombre d’experts, la clef demeure un dialogue direct, élargi aux communautés affectées, soutenu par des garanties vérifiables. Faute de quoi Uvira restera le rappel qu’une plume diplomatique, même américaine, ne suffit pas à faire taire les armes.
Sur le plan juridique, aucune clause de sanction automatique n’est prévue. Les juristes constatent que l’exécution dépend surtout de la volonté politique et de la surveillance américaine rapprochée.
Une marge demeure : lassitude populaire et pression des bailleurs peuvent convertir la manœuvre diplomatique en compromis durable.
Les opérateurs télécoms, qui testent la 5G autour de Goma, redoutent aussi une détérioration, craignant coupures d’infrastructures fibre et hausse des coûts de sécurisation ; un risque qui pourrait freiner l’intégration numérique régionale prônée par l’Union africaine.
