Ce qu’il faut retenir
A Brazzaville, l’Association congolaise pour la santé publique et communautaire redouble d’efforts pour couper la chaîne de transmission du VIH. Son programme, mené avec l’appui de l’UNICEF et des districts sanitaires, cible d’abord les femmes enceintes puis rayonne vers les familles et les quartiers.
Les premiers résultats, présentés aux chefs de zone de Makélékélé, Ouenzé et Talangaï, soulignent une hausse record du dépistage prénatal et un suivi renforcé des mères séropositives jusqu’à la naissance, garantissant à plus de 98 % des nouveau-nés un statut séronégatif.
Une dynamique soutenue par l’État et l’UNICEF
Depuis 2022, le ministère congolais de la Santé, conscient de l’enjeu démographique, encourage les formations sanitaires à proposer un test VIH lors de la première consultation. Ce cadre réglementaire ouvre la voie à des partenariats agiles avec les ONG opérant sur le terrain.
L’UNICEF, bailleur principal du projet, finance les intrants critiques, assure le suivi-évaluation et forme les équipes de sages-femmes à la communication sensible. Le modèle, repose sur la coordination régulière avec les districts afin de s’inscrire dans les priorités nationales de lutte contre le virus.
Dépistage prénatal: un réflexe désormais encouragé
Dans les maternités de Bacongo ou Mfilou, le dépistage est devenu un acte automatique, intégré au carnet de grossesse. Marianne Bayonne, coordinatrice technique de l’ACSPC, rappelle que connaître son statut tôt permet d’initier sans délai la prophylaxie antirétrovirale et de planifier un accouchement sécurisé.
Les sages-femmes accueillent les femmes avec un discours déculpabilisant pour éviter les abandons de suivi. Au moindre résultat positif, elles déclenchent un accompagnement psychosocial continu, appuyé par des pairs-éducateurs formés, afin de réduire les risques de stigmatisation et d’augmenter l’adhésion au traitement.
Protéger les nouveau-nés dès la première heure
Le protocole congolais prescrit un test PCR dès la naissance pour les bébés exposés. À l’hôpital de Makélékélé, le laboratoire a réduit le délai de rendu des résultats à sept jours, ce qui autorise la mise sous traitement avant même le retour de la mère au domicile.
Selon les données communiquées lors de la restitution, le taux de positivité néonatale est passé de cinq pour cent en 2021 à moins de un virgule cinq pour cent. La performance est saluée par les pédiatres qui rappellent l’importance d’une bonne nutrition postnatale.
La stratégie communautaire de proximité
Hors des murs hospitaliers, les animateurs de l’ACSPC sillonnent les ruelles de Talangaï avec des stands mobiles. Ils y proposent un dépistage rapide, distribuent des préservatifs et ouvrent des discussions franches sur la sexualité, souvent taboue, afin de lever les dernières résistances culturelles.
La mobilisation s’appuie sur un réseau de leaders communautaires, dont plusieurs pasteurs et chefs de quartier, qui relaient les messages lors des cultes ou des réunions d’association. Leur crédibilité locale favorise un climat de confiance, indispensable pour convaincre les hommes de se faire tester.
L’autotest, nouvel allié des couples
Depuis peu, l’autotest VIH, discret et fiable, est fourni gratuitement aux femmes enceintes qui le transmettent à leur partenaire. La démonstration d’usage, réalisée en salle d’attente, réduit l’angoisse liée à la manipulation et désamorce les soupçons de méfiance au sein des foyers.
Quel que soit le résultat, les couples sont invités à confirmer le test dans un centre de santé. Cette double lecture rassure les équipes soignantes, qui peuvent alors proposer une prophylaxie ou, en cas de séronégativité, orienter vers des séances de prévention ciblées.
Approvisionnement: défis logistiques maîtrisés
Comme partout, la chaîne d’approvisionnement reste sensible. L’année écoulée a connu des ruptures ponctuelles en alcool et tubes de prélèvement. Grâce à un système d’alerte informatisé et à l’appui de la Centrale d’achat des médicaments essentiels, les stocks critiques ont été rétablis en moins d’une semaine.
Marianne Bayonne reconnaît que la logistique demeure un talon d’Achille, mais souligne « l’excellente réactivité du ministère et des partenaires ». Des rotations de camions frigorifiques vers le Pool ont même acheminé des tests PCR sensibles à la chaleur, preuve d’une coordination technique accrue.
Et après? Vers une couverture nationale
Forte de ces acquis, l’ACSPC envisage d’étendre le programme aux districts ruraux du Niari et de la Cuvette, où l’accessibilité géographique complique encore le suivi prénatal. Des sessions de formation en e-learning, couplées à une supervision trimestrielle, sont déjà en phase pilote.
L’objectif affiché est de contribuer à l’engagement national visant l’élimination de la transmission mère-enfant d’ici 2030, en accord avec la feuille de route continentale. Les partenaires financiers explorent la possibilité de mobiliser le secteur privé pour accélérer la production locale de tests rapides.
À Brazzaville, habitants et professionnels saluent une stratégie qui met la science à hauteur d’homme. En misant sur la proximité et la responsabilisation de chaque famille, le programme rappelle qu’un dépistage réalisé au bon moment reste la meilleure arme pour maintenir une génération sans sida.
