Ce qu’il faut retenir
Pour la Chambre africaine de l’énergie, réunie à Shanghai avec des experts du Sud, l’heure est à la mobilisation: l’intégration commerciale et énergétique pourrait ajouter des milliards de dollars au PIB des pays de la CEMAC et stimuler une résilience indispensable face aux chocs globaux.
Contexte Sud-Sud
Le troisième Dialogue des think tanks du Sud, tenu du 2 au 4 décembre 2025 dans la mégapole chinoise, a servi de caisse de résonance à l’appel de Leoncio Amada NZE pour transformer la logique d’aide en un agenda de commerce, d’innovation et d’industrialisation partagée.
Devant des chercheurs, diplomates et entrepreneurs venus d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique, le président exécutif de l’AEC pour la CEMAC a plaidé pour un front commun des économies émergentes afin de peser davantage dans la gouvernance financière mondiale.
Selon lui, l’Afrique peut convertir ses 30 % des réserves mondiales de minerais critiques en effet de levier, à condition de nouer des alliances Sud-Sud fluides qui sécurisent les chaînes de valeur, facilitent les transferts techniques et soutiennent les start-ups locales.
Défis fiscaux et change dans la CEMAC
Au sein de la CEMAC, les barrières à l’investissement restent toutefois tenaces. Les règles sur les transferts de devises, durcies en 2022 par la Banque des États de l’Afrique centrale, alourdissent les coûts de financement et allongent les délais pour les projets transfrontaliers.
S’y ajoutent des codes pétroliers et miniers parfois changeants, que les compagnies évaluent comme sources d’incertitude fiscale. Résultat : malgré un potentiel géologique de premier rang, le flux net d’investissements directs étrangers dans la sous-région reste inférieur à celui d’Égypte ou d’Angola.
Leoncio Amada NZE propose d’harmoniser les régimes financiers et de créer un mécanisme régional de garantie, adossé à la Banque africaine d’import-export, susceptible de couvrir les risques politiques et de réduire le coût moyen du capital pour les PME énergétiques.
Ambitions énergétiques du Congo et de ses voisins
La République du Congo veut porter sa production à 500 000 barils par jour, objectif soutenu par un paquet incitatif adopté en conseil de ministres. Ce bond, salué par l’AEC, renforcerait l’autonomie budgétaire de Brazzaville et consoliderait les recettes fiscales non-douanières.
À Libreville, le Gabon cible 220 000 bpj, tandis que Malabo accélère la monétisation de son gaz naturel via le projet Punta Europa. Le Cameroun, de son côté, finalise l’ingénierie de nouveaux gisements offshore dits marginal fields.
La complémentarité de ces portefeuilles offre une base crédible à des interconnexions régionales d’électricité et à la création d’un marché spot du gaz. L’enjeu, rappelle un conseiller du ministère congolais des Hydrocarbures, est de «passer d’îlots nationaux à un bassin énergétique intégré».
Vers des corridors commerciaux fluides
L’étude cartographique présentée à Shanghai montre que le corridor Kribi-Pointe-Noire pourrait réduire jusqu’à 30 % les délais d’acheminement des cargaisons minières vers l’Asie. Une photo satellite projetée en séance illustrait les goulots d’étranglement restant à lever aux postes frontaliers.
Pour fluidifier la logistique, la CEMAC table sur un guichet unique électronique couvrant douanes, phytosanitaire et contrôle qualité. Le prototype, développé à Douala avec un soutien de la coopération sud-coréenne, sera testé dès 2026 avant un déploiement graduel sur les cinq autres ports.
Un rapport du Centre africain pour la transformation économique estime qu’une réduction de 10 % des coûts de transaction ferait bondir de 2 % le commerce intra-CEMAC en trois ans. Les entreprises congolaises de transit demandent déjà l’extension du rail vers l’enclave minière de Zanaga.
Scénarios d’investissements croisés
Le scénario central présenté par l’AEC suppose un flux annuel de dix milliards de dollars d’investissements croisés Sud-Sud dans l’énergie, les mines et les infrastructures. Huit plateformes partenaires, de Mumbai à São Paulo, se disent prêtes à cofinancer des pipelines multi-pays.
Un investisseur indien confie en marge du forum qu’il «voit dans le bassin du Congo un AtlanTec de matières premières». Il juge prioritaires les unités de certification carbone, appelées à monétiser la vaste couverture forestière du Congo-Brazzaville.
Côté finance, la Banque de développement des BRICS étudie une ligne de crédit en francs CFA, indexée sur le panier de leurs devises, afin de contourner les fluctuations du dollar. Les chefs d’entreprise y voient une réponse concrète à la volatilité monétaire.
Et après ? Les pistes de coopération
Pour maintenir la dynamique, l’AEC souhaite institutionnaliser un «Indice de connectivité Sud-Sud» publié chaque semestre. L’outil mesurera l’évolution des échanges, des transferts technologiques et des joint-ventures, offrant aux gouvernements une boussole pour ajuster droits de douane, fiscalité et procédures administratives.
De nouvelles tables-rondes sont prévues à Brazzaville et Shenzhen en 2026 pour concrétiser les feuilles de route sectorielles. Le ministère congolais du Plan envisage déjà d’y dévoiler une cartographie interactive des zones économiques spéciales connectées aux réseaux énergétiques régionaux.
Dans les couloirs du dialogue, un diplomate brésilien résume l’état d’esprit: «L’union des Suds n’est pas un slogan, c’est un chantier». À écouter les participants, la prochaine étape consiste à traduire les déclarations en contrats bancables et en formations d’ingénieurs locaux.
